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« Nous serons de bons gardiens de l’environnement »,
déclarait en 1953 D. J. De Pree, le fondateur de la société Herman Miller. On
était loin du greenwasching actuel, qui consiste à avoir un discours
environnemental dans un but purement marketing, quand, il y a plus de 50 ans, la
société de meuble et matériel de bureau affichait seule contre tous un réel
souci écologique.
La politique environnementale
de Herman Miller et le « Cradle to Cradle »

Tout commença par le recyclage de copeaux de bois pour
chauffer l’usine. Le problème de la pollution a très tôt été compris chez Herman
Miller comme un problème originel, et non simplement de « traitement des
déchets ». Il ne s’agit pas de s’interroger sur comment recycler nos déchets,
mais de considérer en amont du processus de production la stratégie à mettre en
œuvre pour ne pas polluer. « La prochaine révolution consacrera l’abolition de
la notion même de déchet », prédisent dès 1987 William McDonough et Mickael
Braungart, respectivement architecte et chimiste créateurs de la certification
internationale « Cradle to Cradle ».
A l’image de la nature qui ne produit pas de déchets mais les consomme comme
nutriment, tout produit doit devenir biodégradable ou recyclable à l’infini, et
le cycle de production s’établit alors « du berceau au berceau ». La
certification « Cradle to Cradle » (C2C), intégrée dès sa création en
2002 dans l’approche environnementale de Herman Miller, garantie un processus
industriel entièrement remodelé qui imite l’équilibre des écosystèmes naturels
de sorte que tout est réutilisé, soit par un retour au sol sous forme de
nutriments biologiques non toxiques, soit par un retour à l’industrie sous forme
de nutriments techniques pouvant être recyclés à l’infini. La certification
distingue de cette façon les produits dont le cycle de vie procède d’une
conception respectueuse de l’environnement.
Concevoir pour
l’environnement
« Les problèmes de l’environnement seront résolus par
l’innovation » assure Alain Froger, directeur régional chez Herman Miller
France. C’est en changeant la façon dont on conçoit les produits que l’on va
pouvoir évoluer. Le C2C est une approche positive, au contraire de la
perspective « curative » traditionnelle. Il ne faut plus se contenter de
diminuer notre impact écologique par des compensations où des économies
d’énergie, il faut « faire autrement », c’est-à-dire engager une véritable
révolution qui serait capable d’élaborer un cercle vertueux, dans lequel ce qui
est produit ne pollue pas la planète ni à la conception, ni au cours de
l’utilisation, ni même en fin de vie, puisqu’il est réintégré systématiquement
dans le processus de production. A l’inverse du cycle traditionnel où l’on puise
un matériau (on épuise les richesses de la planète), on le transforme (on
consomme de l’énergie et on dégage de la pollution), puis on le jette (on sature
l’environnement de déchets), la politique C2C propose un circuit fermé dans
lequel on réinjecte les richesses au lieu de les jeter quand elles ne sont plus
utiles, et on les réutilise ainsi sans cesse. Le C2C débute donc dès la
conception, et nécessite une véritable révolution des modes de pensée des
concepteurs et des utilisateurs.
Les caractéristiques du C2C
La certification C2C garantit la composition chimique de
chaque matériau spécifié. Pour être conforme, le produit ne doit comporter aucun
composant organique volatile (COV). Cela requiert parfois efforts et
persévérance pour obtenir des fournisseurs la composition de leurs produits, qui
freinent encore considérablement la démarche. Seules les sociétés importantes
capables de faire pression sur les équipementiers peuvent obtenir ces
informations. Dans le cas d’Herman Miller, A. Froger explique que la société a
dû s’associer à Nike pour obtenir auprès de leur sous-traitant commun la
composition du polymère qu’ils utilisaient dans leurs produits. L’engagement C2C
requiert une transparence de l’information, et pour cela, une collaboration
entre les différents corps de métier qui reste encore à développer.
Un produit C2C, c’est aussi un produit simplifié. D’une
part les composants sont simples, et les matériaux ne subissent pas de mélange
en vue de leur recyclage. Le siège Embody de HM est ainsi conçu en
aluminium pur et PVC non transformé, seulement recyclé à partir de bouteilles
plastiques. Les mousses, tissus et moquettes tant utilisées dans l’ameublement,
sont bannies chez HM, pour un résultat esthétique à la hauteur, et une réduction
des coûts de matière première. D’autre part, la simplicité des produits réside
également dans leur facilité de démontage en vue de leur recyclage. L’impact
financier est là encore sensible, puisque, corrélativement, le montage est lui
aussi simplifié, et le coût de fabrication largement réduit. Le maintien de
l’hétérogénéité des composants permet de garantir le maintien de la qualité des
produits à l’issue du recyclage, tandis le recyclage traditionnel amoindrissait
la qualité du produit recyclé. Le C2C permet au contraire de maintenir le
matériau en l’état, sans perte de qualité, et ainsi à l’infini.
Le C2C se positionne ainsi dans une perspective durable, et
permet d’allonger la durée de vie des produits au maximum. A l’heure où les
produits ont une durée de vie de plus en plus courte, HM prône avec
l’éco-conception la politique inverse, et cherche à reculer toujours plus la fin
de vie de ses produits, qui devraient pouvoir être recyclés à l’infini. Chez HM,
tous les produits sont garantis douze ans, avec le rachat éventuel de la
marchandise au cours du délai. Si les produits HM tiennent largement ces quatre
olympiades, c’est aussi qu’ils ont réussi à s’affranchir de la mode pour qui le
cours du temps ne fait pas de cadeaux. En effet, si le design du siège Aeron
conçu en 1994 a pu étonner il y a quinze ans, aujourd’hui sa forme reste
incroyablement actuelle et moderne. Le style avant-gardiste de HM préserve ainsi
ses produits du temps et du risque d’être démodés et relégués au placard avant
leur fin de vie utilitaire.

La vie en vert
Finalement, la révolution écologique amorcée avec la
certification « Cradle to Cradle » relève du « bon sens », note A. Froger
chez Herman Miller. On ne peut même pas lui reprocher son coût puisque ce retour
à la nature, en prônant la simplicité au service d’une qualité optimale et
durable, promet au contraire de sensibles économies de production. Seule la
conception demande un investissement financier pour permettre à la recherche de
franchir les derniers obstacles techniques à la certification C2C, car certains
matériaux indispensables n’ont pas encore atteint la perfection du « zéro
émission de COV » et du 100% recyclable. A terme, ce n’est plus seulement les
matériaux et les produits de mobilier qui seront certifiés C2C, mais les
environnements tout entiers. Herman Miller, véritable modèle en matière de
développement durable, et symbole du « Cradle to Cradle », n’a pas peur
d’adopter une « Perfect Vision », et a programmé ainsi pour 2020 une
propreté totale de ses produits, mais aussi de ses bâtiments d’entreprises. Ces
derniers devraient tous devenir « à énergie positive », à l’instar du site
Greenhouse, le premier à avoir obtenu le statut de Leadership en design
écologique et énergétique (LEED) du Green Building Council fondé par HM.
Suzanne Duchiron