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Nous avons interrogé Richard Galland, dirigeant fondateur
du cabinet Majorelle, sur les raisons qui ont conduit à la crise de l’open-space
actuelle. Face à cette radicalisation des comportements, il montre les solutions
qu’il convient de mettre en place pour rétablir un dialogue entre les parties.

Planetefacility :
Qui sont les responsables de la crise ?
Richard Galland :
L’ouvrage de Alexandre des Isnards et Thomas Zuber « L’open space m’a tuer » a
provoqué un « choc » auprès des maîtres d’ouvrage et des professionnels de
l’aménagement. C’est vrai qu’il contient un discours porteur de difficultés dans
le contexte actuel. Mais les raisons profondes se cachent dans un système qui
s’est corrompu de lui-même. Les études de faisabilité, support marketing de
l’offre, fournies par les bailleurs étaient destinées à l’origine à présenter
différents modèles d’aménagement. Elles se sont converties en programme
d’aménagement. Cette simplicité de concevoir les aménagements a écarté toute
réflexion en amont. La programmation des espaces de travail, cœur de nos
métiers, a été tout simplement oubliée. Mais les utilisateurs ont aussi une part
de responsabilité.
Planetefacility :
Qu’entendez-vous par là ?
Richard Galland :
L’oubli du facteur humain. Les espaces de travail n’échappent pas au constat que
nous portons sur l’économie de marché, sur ce capitalisme financier qui a
négligé le facteur humain, vecteur de sa réalisation. La fin prime sur les
moyens. Plus vite, moins cher, satisfaire égalitairement. C’est en ces quelques
mots que se prescrit la demande. Dans une économie du court terme, on n’a pas
le temps de se concerter, d’accepter les différences, de jouer les compromis. On
exclut le débat. C’est le marché, la concurrence qui impose les solutions.
Flexibilité, polyvalence, interchangeabilité, c’est avec ces données que nous
avons conçu l’aménagement des bureaux au cours des 15 dernières années. Il a
fallu transformer ce besoin de flexibilité en standardisation, autrement dit,
imposer une solution unique aux utilisateurs. Petit clin d’œil à Henry Ford, je
dirai que « Les employés peuvent bien choisir n’importe quel bureau, du moment
que c’est un « bench ».
Solutions « bench », solutions au « pochoir ».
Richard Galland :
Nous sommes dans l’ère de l’urbanisation des espaces de travail. Il n’y a plus
d’urbanisme. De la même façon que nous organisons l’architecture de nos maisons,
un espace de travail se programme, s’organise autour de pôle, d’un centre, d’une
périphérie, de ressources technologiques et énergétiques, de fonction et d’usage
de l’espace : se réunir, se concentrer, lire, saisir. Aujourd’hui, la crise que
nous traversons, celle de l’éthique et du sens du lieu de travail, prend racine
dans l’oubli des fonctionnalités de l’espace. L’espace doit assurer le
développement de chacun. Notamment, celui de prendre part au monde où l’on vit.
Planetefacility :
Comment les individus réagissent-ils ?
Richard Galland :
Nous observons l’apparition de mécanismes de défense, plus souvent de rejet.
L’espace ouvert, en milieu de travail, étant par nature anxiogène. Contrôle,
surveillance, intimité dénié. Alors cartons, dossiers, lampes, tout est bon pour
créer des barrières de protection, seul ou à plusieurs. Moins courant, mais tout
aussi perturbateur de la gestion des surfaces, est l’usage permanent des salles
de réunion, de la cafet’ ou encore des « box », qui sont des espaces prévu pour
un isolement de courte durée. Souvenons-nous. Cette organisation de l’espace en
« bench » s’est mise en place à la demande de certains métiers : consulting,
ingénierie informatique, pour satisfaire à des exigences organisationnelles
comme favoriser la mobilité des utilisateurs. Ces postes de travail n’étaient
pas prévus pour une occupation permanente. Il restait toujours des postes de
libre. Aujourd’hui, ils ne sont plus considérés comme tels et cette tendance du
« bench » se généralise à tous les usagers du tertiaire. L’excès dans la densité
conjugué aux stratégies de défense des utilisateurs nous amène à hériter demain
de véritable « labyrinthe ». Les gens tendent à reproduire d’eux même les
conditions d’un travail en espaces fermés. Il y a là un paradoxe.
Planetefacility :
Que recommandez-vous ?
Richard Galland :
Pensez globalement, mais agir localement. En fonction des exigences spécifiques.
Du travail en équipe. Le discours ambiant qui dicte « qu’on ne peut plus revenir
en arrière » est excessif. Les immeubles ne sont pas hors d’usage pour un retour
progressif du cloisonnement. Leur conversion est possible. Les profondeurs de
plateau des bâtiments récents sont généralement de 12 m ou de 18 m. Cette
profondeur de 18 m est très intéressante, très souple, 50 % de sa surface est
cloisonnable. Elle offre de nombreuses possibilités d’adaptation. Je pense qu’il
ne faut plus continuer dans l’optimisation des surfaces, mais repenser la
conception des aménagements actuels.
Planetefacility :
Un retour au bureau fermé ?
Richard Galland :
L’univers du bureau, du travail est un univers de contraintes. La flexibilité
que nous évoquions tout à l’heure ne peut être remise en question au seul
prétexte d’assurer la satisfaction de besoins individuels. Le plus souvent
insatisfait. Le bureau est un espace fondamentalement « social ». Il est à
partager. Néanmoins, nous devons faciliter son appropriation et sortir les
utilisateurs de l’anonymat où ils se trouvent actuellement dans des bureaux en
« batterie ».La cloison remet de l’ordre et délimite les territoires. Elle
permet d’être identifié et de s’identifié. Utilisé comme un marqueur, la cloison
s’offre comme support de revendication identitaire pour les groupes. Revêtue de
couleur, les cloisons remettent de la vie, donnent un effet « surprise » aux
espaces. Le « Street-art » montre que nous modifions continuellement l’image de
nos lieux publics. Ils ne sont jamais figés, mais vivent au travers de leurs
transformations, de leurs détournements. Aujourd’hui, nous avons à apprendre
avec les usagers la définition des espaces de travail. C’est plus compliqué à
mettre en œuvre mais les résultats sont à la hauteur.
Propos recueillis par Christian Kostrubala