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Partie I : les équipementiers.
Et si l’on cessait de fractionner et d’opposer les uns aux
autres les différents corps de métiers concourant à la production des bâtiments
d’entreprise et que l’on adoptait une vision générale qui permettrait de les
intégrer dans un système organisé où chaque acteur est solidaire des autres, et
soutient tout le système pour une performance commune optimale ? C’est toute
l’ambition du Facility Management des Technologies de l’Information (FM iT),
dont l’objectif principal est d'améliorer la qualité (performance, fiabilité,
etc.) des prestations en englobant la gestion des tâches multitechniques
(services aux bâtiments), multiservices (prestations aux occupants) et
multitechnologiques (assistance à l’utilisateur) dans le cadre d'une réduction
des coûts d’exploitation des outils VDI (voix – données – image).

La production de l'espace bâti se structure autour
d'ouvrages : édifices, équipements et infrastructures. La fabrication des
articles contribuant à l'équipement est souvent considérée comme originaire, en
ce sens que l’on achète un matériel déjà pensé et fabriqué, prêt à un emploi qui
n’est pas forcément le nôtre. Comme un supermarché n’offrant que des produits
standards et orientant par nécessité nos habitudes de consommation et les usages
que nous faisons des produits mis à notre disposition, les équipementiers sont
généralement perçus comme des intermédiaires indispensables mais rigides qui
nous imposent un matériel préconçu dont nous devons nous contenter. Pourquoi ne
pourrait-on pas communiquer avec les fournisseurs afin d’ajuster les produits à
nos besoins réels ? Les équipementiers nous vendent des composants toujours plus
« performants », « puissants », dont nous n’avons souvent pas tant besoin. A
quoi cela sert-il de vendre du toujours plus puissant ? Est-ce ce dont ont
besoin les utilisateurs, et ce que recherchent les clients ? La production
automobile actuelle, privilégiant l’espace, les services, le confort, le respect
de l’environnement et l’économie d’énergie par rapport à la puissance et à la
vitesse prônées dans les années 80, en est un exemple édifiant.
Le FM iT s'intéresse aux usages pour assurer le meilleur
service aux organisations clientes. Les usages retenus sont donc ceux qui
servent au mieux ces organisations et dont le FM peut, par différentes méthodes,
reconnaître, voire mesurer les effets (par exemple la mobilité des personnes
dans les sites ou les bâtiments; la densité d'occupation, etc.)
Les équipements offriront un service d'autant plus adéquat
à une organisation qu'ils orienteront vers les usages que celle-ci veut
favoriser. La demande auprès des concepteurs se trouve ainsi canalisée, parfois
de façon rigoureuse, par l'analyse du FM selon ses critères propres.
« Arrêtons de vendre de la nouveauté technique pour la
technique seule », affirme Marc-André Tenenbaum, directeur du marketing et
développement du pôle FM iT d’Exprimm. Organisée pour assister les services
généraux et les directions informatiques dans l’exploitation multi technologique
des infrastructures, Exprimm’ iT ne veut plus penser uniquement en terme de
puissance et de performance, mais par rapport aux besoins, en prenant en
considération les coûts d’usage. « Il est par exemple inutile d’avoir un débit
au poste de travail trop important, si on ne s’en sert pas », explique M-A
Tenenbaum en nous faisant remarquer qu’en vingt ans, la capacité de distribution
des flux informatiques au poste de travail a été multipliée par 10 000, sans que
le rendement n’ait augmenté en proportion !
Il faut donc penser avec le FM’iT en terme de «
programmation ». Les équipementiers doivent être embarqués le plus tôt possible
dans la construction. Tout un ensemble d'études et de procédures président à la
rédaction des contrats régissant les relations entre FM et organisations
clientes qui apportent une analyse plus fine des équipements, des services et de
leur valeur pour l'organisation donneuse d'ordres. Les définitions préalables
des objets à concevoir et de leurs performances modifient les conditions et les
moyens de leur conception. Les équipements doivent être davantage pensés en
amont, en visant l’exploitation qui va en être faite et non pas seulement
l’utilisation. Les équipementiers peuvent satisfaire leurs clients en étant plus
proches de leurs préoccupations concrètes, pratiques et financières, et en
répondant à leur attentes plutôt qu’en les frustrant toujours davantage en leur
faisant miroiter des performances qu’ils ne pourront jamais pleinement atteindre
faute de moyens. L’équipementier a tout intérêt à combler la satisfaction du
client, pour une transaction idéale dans laquelle les deux parties sont
gagnantes, plutôt que de rester dans un rapport dialectique et conflictuel qui
ne pourra jamais aboutir à une collaboration durable. Les différents acteurs
peuvent être des partenaires, tel est le credo du FM iT que souhaite développer
Exprimm.

Avec les critères d’évaluation apportés par le FM iT, les
équipementiers ont désormais affaire à des clients qui connaissent de mieux en
mieux les usages des produits. Ils se placent donc sur le même niveau de
compétence, et ne peuvent espérer vendre des produits mal adaptés, mais plus
rémunérateurs. Les fournisseurs doivent alors être attentifs aux exigences, et
aller dans le sens du client. Pour cela, il s’agit désormais de considérer le
cycle de vie des équipements plutôt que celui du seul investissement d'origine.
Les équipementiers, soumis à la contrainte de la permanence de service des
produits, doivent raisonner sur le long terme, et peuvent alors adapter leurs
prix de vente à la qualité, à la robustesse et à la durée de vie de leur
production. Tandis que jusqu’à présent, les cycles de décision étaient
fractionnés - achat, exploitation, maintenance, évolution, renouvellement - les
fournisseurs doivent intégrer désormais tous ces paramètres afin que leurs
équipements prennent autant en compte les coûts d’investissement (Capex) que les
coûts d’exploitation (Opex). Il s’ensuit un matériel plus adéquat, de meilleure
qualité, moins consommateur d’énergie (sujet sensible dans le débat du Green iT),
donc une réduction des coûts à long terme pour le client
Partir avec un matériel adapté, grâce aux évaluations du FM
iT, c’est pour le client réduire les coûts à long terme, et pour
l’équipementier, apporter à ces produits une valeur ajoutée par le service
particulier qu’il apporte à ses clients. Penser en vue d’une collaboration est
un gain pour les deux parties, mais aussi, pour les autres acteurs du bâtiment,
tels que les constructeurs, dont nous examinerons le mois prochain les
transformations dans la méthode de conception des ouvrages afin de rendre
ceux-ci « iT ready »…
Suzanne Duchiron.