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CHAMPS ÉLECTROMAGNÉTIQUES : NOUVEAU RÉQUISITOIRE POUR LES CHSCT
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Les champs électromagnétiques : menace réelle ou psychose ?

Les champs électromagnétiques sont devenus le nouveau cheval de bataille des CHSCT. Leur menace devient l’objet de nombreux réquisitoires, et les entreprises sont contraintes désormais de prévenir les risques sur la santé liés aux champs électromagnétiques.

Les rayonnements des antennes relais, les bornes wi-fi, et des téléphones mobiles viennent-ils prendre la place de la cigarette sur le terrain des usages nocifs à combattre ? Pour l’heure, on ne connaît rien des effets des champs électromagnétiques sur la santé, et l’on ne formule que des probabilités nées de l’expérience accumulée. Aucune conclusion positive n’a pu être tirée sur le caractère nocif de la téléphonie mobile (l’usage direct du téléphone portable comme l’action des stations de base), et l’alarme générale sonnée par les CHSCT ne peut valoir pour l’instant qu’à titre de principe de précaution et de vigilance sur les potentiels dangers des rayonnements. Même les estimations statistiques, coordonnées par le CIRC en 2008, visant à établir une corrélation entre l’usage du portable et l’augmentation des cancers ne sont pas concluantes. Dans cet état de fait, l’AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire Environnementale et du Travail) ne peut que donner des recommandations de vigilance et de précaution à propos de l’usage du téléphone mobile.

 

La législation actuelle : limiter les risques de surexposition.

Pour limiter les risques de surexposition aux champs électromagnétiques, il existe des limites d’expositions qui fixent la puissance maximum des énergies propagées par les téléphones mobiles, les antennes relais, etc. La France ne dispose pas de réglementation propre. Elle applique la directive européenne, qui, le 4 septembre 2008, a adopté une résolution stipulant que les seuils d’exposition des personnes aux champs électromagnétiques étaient obsolètes. La notion « d’hypersensibilité aux champs électromagnétique » fait en effet sont apparition alors que de plus en plus de personnes se plaignent de "petits" maux qu’elles attribuent aux champs électromagnétiques et particulièrement aux antennes relais. Migraines, arythmies, nausées, troubles de la concentration, vertiges, palpitations, fourmillements, rougeurs, fatigues… sont les symptômes décrits par ceux dit "électrosensibles". A long terme, le risque de tumeur au cerveau semble se multiplier de façon sensible suite à la surexposition aux champs électromagnétiques. Pourtant, les scientifiques n’ont pas réussit à prouver le lien de cause à effet entre les champs électromagnétiques et les pathologies d’électrosensibilité. Pour le moment, il n’y a qu’en Suède où ces personnes sont considérées comme des malades que la sécurité sociale prend en charge et où leur trouble est reconnu comme un handicap.

 

Un enjeu de société qui mobilise nombre d’organismes en quête d’image

L’absence de preuve du caractère nocif des champs électromagnétiques ne suffit pas à apaiser les craintes, et l’opinion souhaiterait qu’on démontre leur innocuité. Ainsi, des associations telles que Priartem [ou le Criirem[] (Centre de Recherche et d'Information Indépendantes sur les Rayonnements ElectroMagnétiques) militent pour des normes réglementaires plus contraignantes, ou encore des chercheurs américains, nordiques, autrichiens et chinois dans le cadre du rapport BioInitiative publié fin août 2007.

Dans ce débat passionné, une étude de chercheurs de l’université de Berne a dénoncé dans une publication de 2007 sur les perspectives de santé environnementale l’absence de rigueur de nombreuses publications scientifiques sur l’impact sanitaire des téléphones portables.  L’enquête démontre que celles « qui ont une source unique de financement - privé ou public - ont tendance à avoir des biais qui conduisent à minimiser les risques, ou au contraire à les aggraver". Alors qu’en en juin 2008 vingt médecins (dont des cancérologues), autour du psychiatre David Servan Schreiber, font un appel dans le Journal du Dimanche, afin de sensibiliser l'opinion publique sur les risques que pourrait faire courir l'utilisation du téléphone portable sur le cerveau, l’académie de médecine condamne cette démarche qu’elle qualifie de démagogique,  allant jusqu’à rappeler que "la médecine n’est ni de la publicité ni du marketing".

 


 


Les ONG infiltrent les syndicats, et les CHSCT dépassent leur fonction.

En effet, le débat sur les champs électromagnétiques est un enjeu sociétal loin d’être désintéressé. En France, il apparaît comme un terrain fertile pour les ONG à la recherche d’un nouveau modèle de développement, qui investissent des modes et des champs d’actions sur lesquels les syndicats tardent à se mobiliser. Les lobbying dénoncent l’immobilisme des entreprises sur la question, et les entreprises négocient avec les CHSCT la réorganisation des espaces de travail et les déplacements des antennes relais. Les syndicats, dont la sensibilité ne se positionne pas originairement sur les conditions sanitaires des employés, sont infiltrés par les ONG qui y voient un vecteur intéressant pour leur mission d’information et de sensibilisation des entreprises aux questions de développement durable. Le rapprochement entre ONG et syndicats sur cet enjeu signifie-t-il que le champ d’action de ces organisations a évolué ? En faisant apparaître des périmètres de revendications communs entre ONG et syndicats, on a plutôt l’impression d’une manipulation des unes, soucieuse de développer leur image, sur les autres, les syndicats dont le seul intérêt financier qu’ils y trouvent révèle leur essoufflement actuel. Il semble que les représentants du personnel n’ont pas à devenir les bras armés des ONG dont la dimension d’action collective n’enlève rien à l’engagement idéologique individuel qu’elles supposent. CHSCT et syndicats, dans l’émulation générale organisée par les ONG et associations de toutes sortes, se lancent alors comme les Don Quichotte des champs électromagnétiques, alors que ce problème sanitaire, qui n’est pas légitimé, devient d’ordre idéologique. En se lançant dans un débat qui n’est pas de leur ressort, les représentants du personnel négligent les priorités, tous ces problèmes bien réels qui, s’ils étaient saisis avec autant de vigueur et d’enthousiasme, permettraient peut-être bien davantage l’amélioration effective des conditions de travail dans le milieu de l’entreprise.

 

Suzanne Duchiron