Nouvelle page 1
L’argument écologique est devenu une véritable stratégie de
marketing pour les entreprises. Une enseigne soucieuse de l’environnement
valorise son image sur un plan universel : elle parle au consommateur sur le
mode de l’affectif, et devient à ses yeux plus humaine, voire paternaliste.
La stratégie fonctionne d’autant plus que défendre l’environnement n’est pas
dans l’intérêt premier de l’entreprise, et que son action semble être
purement gratuite. Le consommateur crédule et flatté dans son statut de citoyen
responsable va alors être attiré par la marque comme naturellement, sans
s’apercevoir qu’il est manipulé. S’il achète, ce n’est pas parce qu’il obéit à
une injonction publicitaire ou qu’il se laisse séduire par le produit, mais
parce qu’il est bon, responsable, engagé dans un combat humanitaire, pense-t-il.
La valeur écologique ajoutée au produit promu offre au consommateur un double
bénéfice : en profitant du produit, il a l’impression en outre d’acheter son
salut, de faire une bonne action, et il valorise d’autant sa propre image dans
la société.
Argument
écologique ou intérêt économique ?
La réglementation de la publicité sur ce point reste encore
très laxiste, et permet aux entreprises d’user de l’argument marketing sans
avoir à rendre de compte sur leur action effective pour l’environnement. Aucune
garantie ni caution n’est requise, tant et si bien que la « publicité
mensongère » fonctionne à plein.
Pour que le consommateur puisse s’assurer de la provenance,
de la qualité, et du respect environnemental des produits, la loi Nouvelles
Régulations Économiques (NRE) contraint depuis 2002 les entreprises françaises
cotées en Bourse à publier leur impact environnemental et social. Mais qui
d’entre nous fera l’effort de se renseigner sur chacun des biens consommés ? Le
consommateur s’engage déjà en préférant les marques dites « vertes », on ne
saurait lui demander le travail d’une recherche sur la fiabilité du message
publicitaire…
Une
utilisation pervertie de l’écotaxe.
L’écocitoyen est donc une nouvelle cible pour la
publicité, qui en use et en abuse. De nombreuses entreprises investissent plus
de temps et d’argent pour promouvoir leur argumentaire « vert » à travers les
leviers de marketing et de communication, que pour implémenter des pratiques
responsables pour réduire l’impact environnemental de leur activité. On parle
alors de « greenwashing », ou « écoblanchiment », pour dénoncer cette
pratique trompeuse et hypocrite envers l’acheteur. En réalité, c’est que
beaucoup d’entreprises se contentent de souscrire à « l’écotaxe », c’est-à-dire
de payer une compensation de leur impact écologique pour se dédouaner de leur
action polluante et faire valoir leur souci environnemental auprès des
consommateurs. Grâce à l’écotaxe, des constructeurs de 4x4 peuvent donc
prétendre commercialiser des véhicules « neutres en carbone », et inclure un
coût de la compensation dans le prix de vente des véhicules, profitant des
avantages financiers directs de la compensation à l’achat du produit comme de
ses effets indirects sur le comportement du consommateur.

Mais si la compensation carbone n’est pas intégrée dans une
démarche globale de développement durable, et que l’entreprise ne cherche pas
dans le même temps à réduire ses émissions, l’argument n’est pas pertinent. Il
faut savoir que l’écotaxe seule ne permet pas de réduire l’impact écologique si
la compensation n’est pas calculée en fonction du périmètre d’action de
l’entreprise, calcul que l’entreprise n’est pas tenue de faire si elle n’en fait
pas la demande. La compensation, pour être efficace, doit rester un moyen
d’action complémentaire, et doit faire partie d’une stratégie d’engagement
globale. L’entreprise doit donc assurer une démarche de réduction des
émissions et de diminution de la consommation énergétique, pour que son discours
écologique soit vraiment cohérent.
Une
réglementation s’impose.
Si les campagnes promotionnelles abusent de l’argument
écologique à des fins purement économiques, la valorisation de l’action
éco-responsable d’une firme est toutefois contrôlée. Une entreprise qui, en tant
que mécène, finance une association à but non lucratif est limitée légalement
dans la valorisation de son don, afin d’éviter qu’une commercialisation trop
évidente du don ne nuise au bénéficiaire lui-même.
Mais si la pression des ONG et des associations de
consommateurs s’accentue, la réglementation reste encore très peu contraignante
concernant l’utilisation de l’argument écologique. Le marché de la publicité ne
bénéficie pas de régulation forte et freine l’émergence d’une communication
responsable. Seules les entreprises adoptant des chartes telles que celles
établies par AdWiser ou le collectif
Action Carbone, peuvent nous garantir de la cohérence de leur engagement
écologique. Ces initiatives, encore fragiles, ont pour but de parer au risque de
l’adoption de la compensation comme seul engagement de l’entreprise. En adhérant
à la « charte des bonnes pratiques de la compensation volontaire » de l’ADEME
(Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), par exemple,
l’entreprise promet une totale transparence sur ses opérations de compensation,
et la communication systématique de l’activité et du périmètre précis dans
lequel elle s’inscrit.
Puissions-nous nous réjouir que l’argument écologique
profite à la croissance de l’entreprise, s’il garanti un véritable engagement
pour la planète, et ne sert pas de faire-valoir trompeur destiné à endormir la
méfiance du consommateur sur l’action polluante de la firme. Pour cela, la
vigilance reste encore de mise, et il ne faut pas oublier que derrière une bonne
action se cache souvent un intérêt personnel…
Suzanne Duchiron