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LE BUREAU, UN TABLEAU INCOMPLET.
La tendance dictée par les designers en matière de couleur fait, à présent, l'objet de débat entre les spécialistes de l'aménagement du secteur du tertiaire.

Olivier Saguez, fondateur de Saguez & Partners et président de l'Association Design Communication, nous confit les secrets et les nuances de l'utilisation des teintes dans le bureau d'aujourd'hui. Il tente de nous dire pourquoi les innovations du design par rapport à la couleur ont du mal à s'exprimer dans l'entreprise.

 

Lors de la conception d'un bureau, pendant longtemps, on n'a pas beaucoup prêté d'attention à la couleur, alors que durant des siècles elle représentait un atout indispensable. Il suffit de penser aux offices d'administration des grands empires ou royaumes.

 

Mais, finalement, qu'est-ce que c'est exactement la couleur? Nous avons demandé à Olivier Saguez, auteur d'un ouvrage récent sur la personnalité des couleurs.


   

 

PF : Comment définiriez-vous la couleur?

 

O.S. : « On peut prendre la couleur sous différents angles. C'est à la fois une technique, une science et une appropriation historique. Selon les pays, selon les cultures, les couleurs ont différentes significations. Il y a donc un symbolisme des couleurs ou encore une harmonie des couleurs.

Ce qui m'intéresse c'est l'émotion que les teintes suscitent et pourquoi une couleur a une personnalité, une ambiance, une sensation, une émotion qui n'est pas la même qu'une autre. Une voiture noire ce n'est pas la même chose qu'une voiture rouge. Je crois que ce qui rend la couleur intéressante c’est ses multiples aspects.

La couleur appartient à tout le monde. On la trouve partout dans la nature, on la trouve dans la mer, dans la terre ... Depuis toujours elle habite les hommes et depuis toujours les hommes ont voulu l’imiter, au-delà même du symbolique, elle a fasciné et elle fascine encore. »

 

L'abandon de la couleur serait-il un héritage de la révolution industrielle? Période pendant laquelle l'ostentation des teintes fortes, en tant qu'expression de pouvoir, cède le pas aux couleurs sombres ou neutres.

 

PF : Pourquoi la plupart des entreprises n'utilisent pas de couleurs dans leurs bureaux? 

 

O.S. : « Ce n’est pas dans la sensibilité des décideurs immobiliers. De formations financières ou juridiques, ils n’ont pas acquis de connaissance sur la valeur des couleurs. C’est facile de s’en rendre compte. Regardez autours de vous… Mais quelques projets d’aménagement se mettent à la couleur, comme élément, justement de ponctuation. On commence à associer les teintes à l'idée de créer une certaine ambiance, de repos à un endroit, de calme, d'énergie dans un autre. Après, tout est une histoire de goût et de talent. Je travail beaucoup en Suisse, en Hollande, en Suède et dans ces pays la couleur est très utilisée. Elle peut complètement modifier la perception et la sensation d'un espace et mieux encore, elle peut modifier la relation qu'on a au travail. »

 

PF : En France où en est-on?

 

O.S. : « C’est une question d’usage. Il n'y a pas de mauvaise couleur, ça dépend où on la met, sur un sol, sur un mur, sur quatre murs. Ce n'est pas la même chose, si on en met un peu, ou beaucoup, si on la fait chanter avec d'autres couleurs. Ce qui est sûr c'est qu'un lieu ne réagit pas de la même manière à la couleur. Un magasin en couleur modifie complètement la perception de l'espace ou l'orientation des gens. Appliqué au monde du travail, la couleur peut donner une toute autre impression du rapport à l’espace.

Dans les usines il y a toujours eu une réflexion sur la couleur. De même, cliniques,  hôpitaux et espaces publiques ont beaucoup travaillé dans ce sens. Dans l’immobilier tertiaire, on a plutôt travaillé avec les matériaux. Probablement l’a-t-on oublié.»

 

 

PF : Y a-t-il une nouvelle tendance par rapport à l'utilisation de la couleur sur les lieux de travail?

 

O.S. : « La tendance est au bureau « espace de vie », et son art de vivre. D’une certaine manière l’univers du bureau cherche à ressembler à celui de la maison. Alors on fait entrer toute les couleurs. Dernièrement, on a commencé a joué avec les bleues comme teintes reposantes. Les couleurs terre font leurs apparitions. Les gens on besoin de «vert». On aime de plus en plus les couleurs qui s'inspirent de la nature. Cette tendance se confirme également dans le choix des matériaux.»

 

Finalement, ce que nous pouvons une fois de plus déplorer, c’est la frilosité des architectes et des industriels face à l’innovation. Une attitude qui conduit selon nous à l’uniformisation de nos bureaux. Favoriser les liens entre ceux qui créent et les entreprises semble donc, plus que jamais, fondamental.

 

N. Marina Bucumi.