Quand les murs ont la parole.
Quel rôle peut jouer un historien auprès des entreprises ? C’est la question que nous avons posée à Tristan Gaston-Breton dont le travail consiste à accompagner les entreprises dans la recherche et dans l’expression de leur histoire.
« Les entreprises confrontées aux changements sont bousculées, elles ressentent une nécessité de résistance, et l’Histoire est constructrice d’une identité, d’une pérennité. Ce sont sans aucun doute les effets collatéraux de la mondialisation qui conduisent les entreprises à partager dans un premier temps à l’interne des valeurs, des codes, qui pourront devenir de véritables outils tactiques voire stratégiques constructeurs de leur identité et de leur positionnement constituant un ancrage dans le territoire qu’elles entendent défendre voir conquérir.
En effet, l’Histoire donne une légitimité incontournable quand elle est commune.
Le travail de l’historien est un travail de chercheur qui va conduire à faire émerger les actes fondateurs qui constituent « l’architecture » de l’entreprise, mais c’est aussi un travail de communicateur qui fera partager aux acteurs de l’entreprise : Managers, employés, partenaires, clients, fournisseurs cette histoire qui, bien entendu, ne sera qu’une histoire. C’est dans cette expression que se retrouvent les valeurs acceptables et acceptées constructrices de l’identité
Dynamique de l’entreprise.
Notre monde change, mais il semble bien que « la partie ne peut se confondre avec le tout » et que cette forme de résistance de l’entreprise qui consiste à défendre sa légitimité historique pèsera inévitablement sur les stratégies financières.
C’est ce qu’a vécu Cap Gemini. A l’époque une forte prise de participation de Mercedes Benz, devait inévitablement conduire à une mixité culturelle et par conséquent à l’abandon par Cap Gemini d’une partie de son identité. C’est la revendication de l’Histoire, à l’aide d’un livre, qui en renforçant « la légitimité historique » de l’entreprise l’a amené à s’éloigner du projet, le livre en exprimant l’histoire partagée par tous les acteurs était un outil de résistance, il a joué son rôle.
Il faut souligner que le Livre et l’Histoire ont des relations singulières.
Mieux que n’importe quel autre média, le livre exprime la durée, l’institution, la référence. Le livre a en lui-même cette capacité à établir avec le réel une relation de confiance que l’audiovisuel ou l’informatique ne peut créer, tout au moins en ce qui concerne l’Histoire.
Tristan Gaston-Breton est Docteur en histoire, Après sa thèse sur l’Histoire du Capitalisme Familial, il accompagne plus de soixante Entreprises en dix dans des recherches et des expressions historiques. Il a crée le cabinet, KGB & co (Kapferer, Gaston-Breton)
Robert Guignier.