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RENCONTRE AVEC ALAIN FROGER OU LA REMISE EN QUESTION DU MODÈLE FRANÇAIS
Après notre introduction au mobilier de bureau du mois dernier, Planete a décidé de vous plonger chaque mois au cœur d’une de ces entreprises qui pensent et améliorent nos environnements de travail. Le choix de la première s’est porté sur un des plus prestigieux fabricants de mobilier de bureau : Herman Miller.                                                                                    Firme de création ou garant des amélioration de l’entreprise, la société américaine, née au tout début du siècle, s’est imposée très rapidement grâce à la qualité de ses créateurs et chercheurs. Nous avons rencontré Monsieur Alain Froger, directeur de la succursale française, dont les propos engagés pour la reconnaissance, en France, de l’influence de l’aménagement intérieur sur la performance de l’entreprise, nous ont inspiré cet article. Au sein d’Herman Miller depuis quinze ans, il nous a commenté les principales innovations de l’entreprise, et l’histoire de la branche française. Les étapes d’un succès 1966 est l’année de la première révolution Herman Miller : du cerveau de Robert Props, naît le « system action office », module de mobilier comportant notamment une cloison autonome en angle sous forme de panneau, permettant d’humaniser les grands « open spaces » des tours américaines. En 1984, l’ « ethospace » est une amélioration du principe, donnant la possibilité de personnaliser et redimensionner les cloisons. En 2000, la version ultime : « resolve system » voit le jour, dans une facture dématérialisée, dans les règles du design contemporain, comprenant des parties mobiles et surout accueillant sans difficulté des outils de nouvelles technologies . Ces trois grandes innovations ont envahi les pays anglo-saxons, mais n’ont pas pu s’imposer en France, les tours étant construites pré-cloisonnées, et le budget mobilier étant très restreint dans notre pays ! C’est en partie à cause de ce désintérêt pour l’innovation en matière d’aménagement intérieur des lieux de travail et de mobilier de bureau que la filiale française a subi deux importantes récessions. Elle est désormais restreinte au service de distribution dirigé par M. Froger. Cependant, l'arrivée de certains produits novateurs ont permis à cette filiale de se constituer un réseau de distribution indépendant, commercialisant en France nombre de ces produits à forte valeur ajoutée.  Le crédo de l’innovation Dans le reste du monde, le succès de la société auprès du public tient en ses principes fondamentaux : l’innovation, la qualité et le souci de l’environnement. La société investit 3% de son chiffre d’affaire annuel ( 2Milliard $ en 2000 !) dans la recherche et le développement. Leur image est très liée à leurs créateurs successifs, Eames, Nelson, Props etc… faisant d’eux une référence du mobilier de bureau. Comme exemple de ces beaux produits fonctionnels, nous pouvons citer le siège Aeron, distribué des U.S.A au Japon, du format extra-large au petit modèle. Le siège est d’ailleurs actuellement leur principal centre de recherche, le bureau d’aujourd’hui nécessitant des espace de travail de plus en plus simples. Le but étant de faire des sièges très ergonomiques, recyclables, solides et design, afin que l’employé ne souhaite plus quitter son lieu de travail ! Bien sûr cette qualité a un prix, mais contrairement à la France, les pays anglo-saxons forment des employés prêts à sacrifier un peu de leur salaire à leur contentement esthétique et physiologique.       créer un espace personnalisé                                     et modulable                              La stratégie de production de la firme est très liée à ce souci d’innovation : elle ne possède pas d’usine de fabrication, procédant par sous-traitance. Elle peut à tout moment changer de produit et de matériau, et traverser plus facilement les crises économiques. Les vertus du modèle anglo-saxon Passés ces points très pratiques, M Froger a beaucoup insisté sur les différences culturelles entre pays anglo-saxons et européens du Sud. Ayant lui-même vécu et travaillé en Angleterre, il semble affligé par certains comportements patronaux français. Le cas cité étant le cliché du patron trônant sur le gros modèle Aeron, et rangeant ses employés sur des tabourets. Le problème réside dans le refus de reconnaître l’influence du cadre de travail sur l’employé. En premier lieu, une bonne ergonomie du siège et du bureau serait la garantie contre les maux de la colonne vertébrale et certains arrêts de travail. Il faut aussi penser à la réception d’un client ou tout autre interlocuteur de l’entreprise, susceptible de juger celle-ci à l’image que renvoie son aménagement intérieur, et pire, à la façon dont elle traite ses employés. Mais l’essentiel réside dans la motivation du salarié à travailler, voire à rester dans l’entreprise, si celle-ci ne lui donne pas un cadre pratique et pourquoi pas, beau. Il y a tout de même quelques entreprises françaises qui s’alignent sur cette logique, notammant pour intéresser les ingénieurs et ne pas les laisser fuir vers les firmes étrangères. Pourquoi certaines sociétés choisissent Herman Miller pour leur filiales canadiennes et pas en France, cela tient sans doute a un attachement réactionnaire à une certaine forme du bureau, centimétré avec passion. Se reposer la question de l’aménagement du lieu de travail, c’est accepter que la performance soit aussi une question de respect de ses employés, et une appréhension des aspects culturels et psychologiques du travail. Alice Petit1905, Michigan, une petite société de meubles d’esprit « d’époque » est créée, bientôt dirigée par Dirk Jan de Pree. Dès 1930, rebaptisée Herman Miller (le nom du beau-père de De Pree détenant 51% des stocks), la société se spécialise dans le mobilier de bureau avant-gardiste, grâce à Gibert Rohde. Depuis, la petite boîte a fait son chemin, et ses produits sont vendus dans le monde entier.    Leslie Piña, spécialiste en arts décoratifs et design, s’est penchée plusieurs fois sur ce géant du mobilier, et a publié de nombreux livres chez Schiffer. Celui-ci, de 1998, retrace l’histoire de la firme à travers les grands créateurs qui ont bâti sa réputation. Nous sont présentés entre autres le couple Charles et Ray Eames, l’architecte et ingénieur George Nelson, le sculpteur Isamu Naguchi, dans le chapitre consacré au mobilier de particulier, les designers Gilbert Rohde et Robert Props pour la partie consacrée au mobilier de bureau, et l’artiste graphiste Stephen Frykholm.    La part la plus importante du livre est cependant consacrée à de très bonnes photos, souvent de Earl Wood, et quelques fois de Charles Eames, se révélant aussi excellent photographe qu’architecte ! L’ensemble forme un assez beau et complet catalogue des créateurs et créations d’Herman Miller. Alice Petit