L’environnement était à la fête en novembre ! Le mois avait commencé avec un Batimat spécial « développement durable ». Il s’est achevé sur la 21ème édition de Pollutec, le salon international des équipements, des technologies et des services de l'environnement. Confidentiel il y a encore peu de temps, ce salon s’est tenu, à Paris cette année, sur une surface de 50 000 m2 et en réunissant 1.400 exposants d'une trentaine de nationalités…
Peut-être faisiez-vous partie des 40.000 visiteurs qui ont poussé la porte du salon. Je n’ai moi-même eu que peu de temps pour tenter de découvrir l’état de l’offre technique et commerciale dans les domaines qui nous préoccupent. Il faut dire que la tâche est ardue dans un secteur qui peine à dépasser une approche industrielle, tant dans la sectorisation que dans les solutions apportées.
C’est bien sûr à juste titre que beaucoup de place a été apportée à la problématique déchets ou à la dépollution des sols. On peut toutefois regretter que sur les stands prédomine une vision très « post traitement ». C’est regrettable et cela s’explique sans doute parce qu’il y a « plus d’argent à faire » avec cette approche qu’avec une approche « prévention » ou un traitement in situ des effluents, par exemple.
Entendons nous bien : je ne fustige pas les investisseurs qui se tournent vers une filière rentable ou les entrepreneurs qui tentent de valoriser leur savoir faire. Le secteur du traitement de la pollution est dynamique et c’est tant mieux… Peut-être peut-on toutefois regretter que pollution il y ait et, qu’avant de faire passer la benne à gravats, on ne commence à balayer un peu devant notre porte ; d’autant plus qu’on peut y avoir un intérêt assez direct. C’est l’objet de notre dossier mensuel.
Avant de l’aborder, soulignons toutefois l’apparition cette année sur le salon de matériels et de services liés au traitement des déchets électriques et électroniques. Cette apparition est plus liée, soit dit en passant, à la parution du décret du 20 juillet 2005 qu’à la prise de conscience par les fabricants et les utilisateurs des impacts environnementaux liés au taux d’équipement élevé (et pas toujours justifié) et à la recherche effrénée de la nouveauté high tech (pas toujours judicieuse)… Nous y consacrerons un futur dossier !
Beaucoup d’entre vous doivent se demander pourquoi je veux les envoyer à Pollutec l’année prochaine ! Qu’irait donc faire un directeur immobilier ou un responsable des services généraux dans un tel salon, à l’heure même où les sociétés de multi-technique et de Facility Management peinent à s’y rendre ? La question mérite d’être posée dès avant, même si la quasi cécité de ces dernières pourrait faire l’objet d’un développement à part…
Vous avez peut-être en effet le bonheur d’évoluer dans une de ces entreprises qu’apprécient tant les assureurs, à l’abri de tous les risques sanitaires ou moraux, et dont les activités se déploient hors du champ de l’écologie. Vous dont les bâtiments n’ont, à aucun moment, connu le moindre petit début de soupçon de légionelles ou d’amiante, vous ne comprendriez d’ailleurs pas pourquoi cette profession, connue pour son haut niveau d’altruisme et de philanthropie, cherche en dépit de cela à se prémunir contre un risque hypothétique encore mal (ou pas du tout) identifié.
D’ailleurs, votre société s’autofinance largement et elle n’a que faire de ces investisseurs qui cherchent aujourd’hui des critères de notation extra financiers. Il faut dire que c’est la raison d’être d’un tas de nouvelles agences, ceci expliquant sans doute cela. Tout ceci est risible. Jusqu’à votre banquier qui se pique de « crédit responsable » et parle de vous faire bénéficier d’un prêt bonifié pour financer un matériel moins polluant. Grotesque : il passe sans doute ses WE dans une secte d’écolo-terroriste.
Vous les attendez de pied ferme : si votre entreprise est capable de se passer de l’avantage que donne à vos concurrents la collaboration qu’il entretient avec telle ou telle association de défense de l’environnement, vous êtes sûr que votre conseil d’administration est prêt au bras de fer avec leur antenne locale. Vous pensez même, avec leur bénédiction, à traquer les improbables militants de la qualité de vie au sein de votre entreprise.
Pas de danger qu’ils viennent vous parler de captage de poussière à l’aide de procédés dont ils ignorent l’existence, eux qui ne soupçonnent même pas celle des « combinés organiques volatils » ! Qu’ils continuent donc à trier leur poubelle… Tout « ça », « c’est politique ! ». On est bien plus malins. Aucun intérêt, surtout pour votre entreprise qui ne se soucie ni de la commune sur laquelle elle se trouve, ni du marché potentiel que représentent collectivités locales et territoriales.
C’est à se demander pourquoi l’association des maires de France (des gens sérieux, en général) et toutes ces régions et communautés urbaines, parcs d’ »activités ont pris un stand à Pollutec et en reprendrons certainement un l’année prochaine à Lyon ; en partie avec nos impôts d’ailleurs ! Que font donc les pouvoirs publics ? A part prendre des règlements de plus en plus stricts sur toutes les questions qui portent qui touchent à la santé et à l’environnement, je ne vois pas… Ah, si ! Ils prennent aussi des stands, via les ministères concernés.
Et c’est ainsi qu’on les retrouve au milieu de tas d’organismes professionnels (ADEME, CSTB, Syntec Ingénierie, UPDS, Uniclima…), de bureaux d'étude ou de contrôle, de sociétés d'ingénierie, de spécialistes de la conception et/ou de la réhabilitation d'ouvrage, de fabricants d'équipements (isolation/étanchéité, équipements énergétiques...), de contrôle (inspection de canalisations, télégestion de réseaux…), de matériaux de construction (notamment d'éco-matériaux), de matériels de manutention, de sociétés de service (traitement des eaux, des déchets, de l'air, décontamination, désamiantage…).
En fait, « que des trucs qui n’ont rien à voir avec nos professions… ». Heureusement aucun professionnel de l’exploitation des immeubles n’était présent cette année ! Avec eux au moins, on est tranquille ; car on a affaire à des gens qui savent se projeter dans l’avenir, appréhender toutes les subtilités et les rouages de l’entreprise et de l’immobilier. Identifier la menace et sentir d’où vont venir demain les pressions… Des gens perspicaces en somme.
Ne vous endormez pas : le mois prochain, nous examinerons de près ce que font les quelques maîtres d’ouvrages qui (les benêts) ont eux décidé de se mettre à la gestion environnementale. Il y en a.
Noël arrive et vous êtes sans doute plus à la recherche de beaux livres que d’ouvrages techniques. Fidèle en cela à l’esprit de cette rubrique mais aussi de PF en général, je vous propose ce mois le livre « la terre en partage ». En effet, les éditions de la Martinière, à qui l’on devait déjà le magnifique « la terre vue du ciel », réitèrent dans le domaine du beau et de l’utile.
Cette fois, ce n’est pas avec l’ hélicoptère de Yann Arthus Bertrand que nous prendrons de la hauteur, mais avec les commentaires lucides du non moins médiatique Nicolas Hulot. Celui-ci nous dresse un portait de notre planète en détaillant les espèces qui la composent et la place que l’homme y occupe. Les illustrations ont été classées en huit écosystèmes : forêts, océans, désert, pôles, montagnes, milieux urbains, milieux humides, milieux ouverts.
Un hymne à la beauté de la terre, certes, mais également un plaidoyer pour la préservation des 2 millions d’espèces qui la composent et qui partagent un redoutable privilège, celui d’exister le plus souvent au détriement des autres. Vous pouvez commander cet ouvrage en cliquant sur le lien suivant :
http://www.eyrolles.com/Entreprise/Livre/9782732433165//livre.php?societe=planetefacility