Dominique NOEL, architecte DPLG et fondatrice de la société ArchiBat, spécialisée dans le recrutement en architecture, nous présente ses solutions RH et l’analyse du secteur au travers de son métier.Planete Facility : En quoi consiste votre activité ? Dominique Noël : Notre équipe est entièrement constituée d’architectes. Depuis 1985, on nous confie le recrutement d’architectes pour tout type d’intervention : placement en CDI ou CDD, portage salarial, missions temporaires et mise en relation avec des prestataires indépendants. Nous sommes bien sûr tournés vers les agences d’architecture classiques mais le métier a beaucoup évolué et aujourd’hui les architectes sont appréciés dans de nombreux domaines. Cinquante pour cent de notre clientèle est ainsi constituée d’entreprises publiques ou privées, de groupes immobiliers, de banques, d’assurances, de détenteurs de patrimoine, d’industriels, de grands comptes.
P.F. : Comment expliquez-vous cette évolution de votre métier, et, par extension, de celui des architectes ?D.N. : Après des années fastes pour l’architecture, la crise des années 90 et l’émergence d’une approche plus moderne de l’aménagement de l’espace accompagnée d’un essor de l’informatique, nous a amenés à revoir notre positionnement et notre offre.
La gestion du patrimoine est une tâche importante pour le service technique interne d’une entreprise. L’architecte qui l’intègre peut en assurer le management, faire partie des groupes de travail pour les études de faisabilité ou pour optimiser la maintenance du parc immobilier.
Il y a dix ans nous avons eu notre premier contact avec le facilities pour le recensement du patrimoine. 1995/96 marque le début de la mise en informatique des plans de l’ensemble du bâti. A cette époque il n’y avait pas encore d’enseignement du facilities. Il a fallu former des équipes à ces procédures informatiques, à la programmation et à l’estimation des investissements en matière de maintenance et travaux neufs. On s’est alors rendu compte que l’architecte était performant par sa formation polyvalente, ses connaissances techniques et sa maîtrise d’Autocad. Il est également apprécié pour la réalisation des audits et la formation auprès des services internes. Alors pourquoi pas un architecte ? Il est en effet aussi à l’aise dans des fonctions techniques, commerciales que créatives. 10 ans après, des architectes sont toujours recrutés et intégrés pour continuer à superviser et harmoniser la gestion d’un patrimoine. Nous travaillons désormais pour les sociétés de service FM et pour les services généraux en interne.
P.F. : Comment travaillez-vous dans cette orientation ?D.N. : On travaille directement avec les entreprises ou avec des sociétés de service. Nous sommes seize permanents spécialisés dans le cadre bâti. Nous souhaitons dire aux entreprises qu’employer un architecte peut être une réelle valeur ajoutée, celui-ci alliant des connaissances techniques, managériales, esthétiques à une maîtrise des coûts. On s’est donc rendu compte que la formation des architectes pouvait être adaptée au domaine du facilities. Ils interviennent dans l’ensemble des métiers du cadre bâti en maîtrise d’œuvre ou en maîtrise d’ouvrage. Les logiciels de gestion et de facilities sont rapidement maîtrisés par les architectes juniors. Au fur et à mesure de leurs parcours, leurs connaissances du chantier et des coûts de travaux se pérennisent ; l’architecte a alors sa place dans une équipe pluridisciplinaire dirigeant la gestion et la maintenance d’un ensemble immobilier.
P.F. : Comment recrutez-vous les architectes que vous suivez ?D.N. : L’équipe d’ArchiBat est constituée d’architectes qui ont tous une connaissance concrète du terrain et une vraie expérience de leur métier. Cet impératif est la garantie d’une réponse rigoureuse et professionnelle. La sélection des candidats commence dès la réception des CV, dont 6 sur 10 seulement son retenus en vue d’un entretien. Le fichier ArchiBat est composé de plus de 11 000 candidats vus en entretiens, diplômés en architecture, architecture d’intérieur, ingénieurs en bâtiment et formations du type bac+2, techniciens, métreurs….
Nous suivons nos candidats tout au long de leurs parcours professionnels.
Les âges des candidats se situent entre 25 et 55 ans ; les expériences sont donc très variées. Architectes, designers, dessinateurs, projeteurs, mais aussi directeurs techniques, inspecteurs de travaux, chargé d’affaires, responsables maintenance, économistes de la construction, secrétaires techniques, nous recrutons des jeunes diplômés, des salariés souhaitant évoluer ou des libéraux voulant intégrer une entreprise ou un groupe immobilier. Il y a de nombreux cas de figure.
P.F. : Les entreprises ont-elles pour autant le réflexe de faire appel à vous ?D.N. : Oui, de plus en plus. Nous nous sommes fait connaître par un site dynamique, des salons professionnels et des actions de communication. Notre spécificité intéresse les entreprises et nous répondons également à une volonté de se diversifier chez les architectes aujourd’hui. Les postes proposés sont intéressants. Les jeunes architectes n’identifient pas toujours les opportunités de carrière qui se présentent à eux, et se font une idée très classique de leur profession. A nous de leur montrer qu’il existe des métiers en dehors du seul projet ; le FM en fait partie.
P.F. : Etes-vous optimiste ?D.N. : Je suis très optimiste pour l’architecture. Ces nouveaux métiers en amont et en aval du projet offrent une grande diversité pour la profession.
Ils permettent aux architectes de mettre en valeur leur formation pluridisciplinaire et leur facilité d’adaptation à un nouvel environnement.
La prise en compte de cette diversification du métier dans un cadre salarié est la clé pour sortir du mythe de la voie unique de l’architecte créateur et répondre efficacement aux nouvelles demandes. L’architecture se vit et se pratique au quotidien au sein de l’entreprise à tous les stades de la vie d’un bâtiment.
P.F. : Pouvez-vous nous raconter l’anecdote de la fondation d’ArchiBat ?D.N. : Je suis issue d’une famille d’architecte. J’ai créé cette structure il y a 20 ans. J’ai commencé par placer mes copains d’école auprès d’agences d’architecture que connaissait mon père ! J’étais encore à l’Ecole d’Architecture (UP1) aux Beaux-Arts de Paris, en cinquième année d’études. C’est en le pratiquant que j’ai vu que cela pouvait marcher et que personne n’offrait alors ce type de service. J’ai fondé cette société avant même d’être diplômée et ce métier me passionne toujours autant depuis 20 ans !
www.archibat.com
Propos recueillis par Laëtitia Fritsch.