Nouvelle page 1
A cause de la crise
économique que le pays a traversée, les transferts complets d'entreprises se
sont multipliés, particulièrement en région parisienne. Et le « transfert
complet d'une entreprise d'un lieu géographique vers un autre » doit se
comprendre comme un acte imposé aux employés par les dirigeants d'entreprise,
sans contrepartie financière ou promotion. Les travailleurs doivent donc choisir
entre suivre l'entreprise ou démissionner, mais vont en tous cas opposer des
réactions souvent négatives aux transferts, qu'il faut anticiper et gérer.
Cinq critères vont jouer dans
la décision de l'employé de suivre ou non son entreprise, et dans sa réaction au
transfert : l’attachement à la communauté actuelle
(investissement financier ou personnel dans son lieu de résidence ou proximité
de la famille, par exemple) et l’attractivité de la nouvelle communauté, les
caractéristiques sociodémographiques du salarié (âge et statut marital
notamment), l’attachement à l’organisation (niveau hiérarchique, salaire,
ancienneté...), les opportunités alternatives d’emploi.
Selon les
auteurs, les résistances variées des employés doivent trouver leur réponse dans
un effort de communication interne. L'étude évoque l'importance d'une
communication informelle et d'une proximité des dirigeants avec les employés.
Il faut également
porter une attention soutenue à la modification profonde de l'espace de travail,
pour lequel l'organisation en open space s'est généralisée, peut-être à tort. Or
explique l'étude : « des conflits latents existent en permanence entre les
différents individus et groupes qui composent l’organisation autour de la
définition de leurs territoires respectifs », « les espaces de travail ne sont
pas qu’un support matériel inerte à l’activité des individus, mais qu’ils
revêtent également des dimensions symboliques et de pouvoir fortes (Gieryn,
2000) ».
La gestion de la
réaction des employés doit encore s'adapter au critère « transfert lointain » ou
« transfert de proximité ». Dans le premier cas, la décision de l'employé de
suivre son entreprise est très liée à l'attachement à l'environnement local, à
l'attachement à l'entreprise, et à la possibilité de trouver un autre emploi. La
question de la sphère privée est ici primordiale, et le champ d'action de
l'entreprise est par conséquent limité.
Le cas des
transferts de proximité est plus complexe, et l'entreprise y a un rôle plus
important à jouer. Entrent en jeu, dans le cas de ces transferts, l'incertitude
des employés quant à une éventuelle réduction d'effectif, une incertitude liée
aux conséquences personnelles et familiales, et la remise en cause de l'identité
professionnelle des travailleurs. Point essentiel de la réussite : la
communication, et les aides proposées pour le déménagement, le relogement ou les
transports des employés.
Enfin, Chloé
Guillot-Soulez et Bertrand Sergot soulignent les lacunes de la littérature liée
à cette problématique. Il y aurait un manque flagrant de réflexion sur des
thèmes pourtant essentiels : la gestion de la transparence et des modalités de
la communication, de l'écoute et de la prise d'avis auprès des employés ; la
définition du rôle de l'encadrement intermédiaire, cheville stratégique de la
communication en entreprise ; et enfin les modalités de la négociation sociale,
particulièrement intéressantes dans le cas de la France et de son système
juridique extrêmement complexe. De grandes questions qui devraient l'objet de
prochaines publications...
Julie Quillien