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François Hubault, ergonome et
maître de conférence à Paris, a publié récemment une étude intitulée «
L'approche ergonomique des questions santé/travail ».
Il nous explique qu'il existe
deux visions très différentes de la relation santé/travail. D'un côté, il y une
vision qu'il qualifie de « fonctionnaliste ». C'est une vision dans laquelle le
travail (vu sous l'angle d'un résultat prévu vers lequel tend l'activité
professionnelle) d'un côté, et la santé, de l'autre, sont deux notions très
différentes appartenant à deux mondes différents, qu'il faut arriver à connecter
de la meilleure façon.
Mais chacune de ces notions,
objecte l'auteur, comporte des « dimensions » multiples et variée qu'il faut
prendre en compte. Dans la notion de santé, par exemple, on fait entrer la bonne
forme physique, l'état psychique, et d'autres éléments encore. Ce qui rend
l'effort de combinaison des deux notions difficiles.
« Ainsi, par exemple, on
abordera le travail de nuit sous l’angle biologique, et/ou sous l’angle
psychologique, et/ou sous l’angle social ; de même les TMS seront pris sous
l’angle biomécanique, et/ou psychique, et/ou social… ; à chaque fois, le « tout
» est la somme de
dimensions qui s’agencent par division et donc par « complication » du
problème. […] Le cas est patent pour la prévention des TMS : très tôt,
les chercheurs ont reconnu la nécessité d’ajouter les dimensions psychosociales
et organisationnelles à la dimension biomécanique, mais leur « prise en compte »
compliquait tellement le dispositif d’analyse embarrassé par tant de
subdivisions, qu’on a continué de s’en tenir à la biomécanique. »
Ou alors, continue François
Hubault, autre approche : on peut voir le « but » de l'activité professionnelle
comme un moyen qui nous est donné d'agir, et donc de nous épanouir. Et non pas
de simplement exécuter une tâche donnée : « Dans l’activité, il ne se joue
pas seulement de faire ce qui est prévu, mais d’agir, autrement
dit pas seulement qu’il se réalise quelque chose, mais d’y être pour quelque
chose d’une manière qui permette au « sujet » de se réaliser ».
C'est l'approche
« constructiviste » du travail : ce ne sont pas les conditions de travail qui
menacent notre santé, mais c'est le travail, en lui-même, qui va nous procurer
du bien-être : « est « saine », l’activité, la situation, l’organisation… qui
« fait du bien », à soi, aux autres, au monde, au système que tout cela compose
dans et par l’action du travail. »
Dans cette conception, c'est
la prévision du travail à faire qui prévaut, et qui doit être justement
effectuée : « l’approche constructiviste requiert de définir le périmètre des
acteurs et des enjeux en invitant les managers et les acteurs concernés à
réaliser des arbitrages sur les enjeux et les actions qui leur paraissent les
plus pertinents. […]. Ici, l’idée n’est pas de multiplier les manières de voir
un même problème – avec ses effets de complication –, mais de changer de manière
de voir le problème, en vérité changer de problème pour favoriser une manière
d’agir plus opérationnelle, c’est-à-dire plus pertinente voire plus légitime. »
Pour aider les managers, il
faut d'abord réussir à appréhender leur vision du travail. Il faut « affiner »
la connaissance des processus qui débouchent sur des épuisements.
Un
challenge visiblement assez difficile pour les entreprises...
Julie Quillien