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Que reste-t-il de la dimension de
serviabilité inscrite dans la dénomination du directeur des services
généraux ? En allant sur le terrain, on s’aperçoit que le métier souffre d’un
cruel manque d’inertie, et que de la fonction il ne reste plus que le nom. Telle
une coquille vide, le responsable des services généraux est souvent encore
présent – bien que l'externalisation des services généraux soit en plein
développement en raison des préoccupations économiques des entreprises – mais
tient lieu de décors davantage que de force de proposition et d’action.
Tel le garçon du café de Flore que Sartre
analyse dans L'Être et le Néant, le responsable SG serait présent à la
commande, mais jamais là quand le client aimerait qu’on lui apporte le sel, un
peu plus de pain, ou une carafe d’eau. « Toute sa conduite nous semble un jeu
[...]. Il joue, il s'amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l'observer
longtemps pour s'en rendre compte : il joue à être garçon de café », écrivait le
philosophe dans son essai.
A l’instar du garçon de café, le
responsable SG souffrirait-il d’une crise existentialiste ? Si l’on poursuit la
comparaison, on en vient à affirmer que le « serveur de l’entreprise », au lieu
d’occuper réellement sa fonction en s’absorbant dans sa tâche, se met en scène
et s’en éloigne d’autant. Pourquoi cette réaction ? Justement car il souffre de
ne pas exister pleinement, et cherche un sentiment « d’être » en jouant un rôle
auquel il cherche à croire, nous explique le philosophe. Ainsi, si les SG
apportaient vraiment à leur entreprise, s’ils étaient plus proches des
préoccupations des collaborateurs et de leurs conditions de travail, alors ils
n’auraient pas besoin de jouer la comédie pour se faire valoir. Ils ne
souffriraient pas d’un besoin de reconnaissance car ils sentiraient leur
nécessité. C’est donc bien d’une crise d’angoisse existentielle dont souffrent
les services généraux.
Détachés du milieu, ils ne sont plus
reliés qu’au cadre de l’entreprise, parlent d'un l'immeuble sans connaître le
plateau, et gèrent l’immobilier sans consulter le personnel. Comment peuvent-ils
continuer à être des experts s’ils ne sont plus dans l’agir ? Lors des récentes
visites de Planete Facility sur les sites, les responsables SG nous ont
entraîné dans des visites-éclairs, esquivant les utilisateurs, et fuyant le
contact avec l’endroit comme s’il leur était étranger. Rien d’étonnant alors à
ce que les entreprises se défassent petit à petit de leurs services pour
sous-traiter avec des professionnels qui leur proposerons des solutions
standards inadaptées aux particularités de leur société, mais qui au moins, leur
permettrons de réaliser des économies d’échelles. Les directeurs des services
généraux qui se soucient réellement d'assurer le bon fonctionnement des
activités des travailleurs sur leur site, en proposant des solutions et en
étant acteurs du changement, cela devient une denrée rare…
Pour reprendre la terminologie sartrienne,
le DSG serait « de mauvaise foi » plus souvent qu’à son tour. En donnant
l’apparence d’habiter sa fonction, il n’est en réalité qu’un comédien qui fait
de l’esbroufe et ne produit plus rien.
Suzanne Duchiron