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Dans un livre paru aux
éditions FYP, intitulé LIintimité au travail, Stefena Broadbent,
professeur d'anthropologie numérique et spécialiste de l'observation des
évolutions de l'usage des nouvelles technologies livre ses réflexions sur la
façon dont les communications personnelles sont appréhendées, vécues, parfois
sanctionnées dans l'espace professionnel.

Plusieurs idées-forces se dégagent de son texte. Elle montre d'abord que
l'accroissement du nombre de canaux de communication et leur diversité de plus
en plus large ne conduit pas à une "explosion" des communications. Nous ne
communiquons de façon régulière qu'avec un nombre réduits de personnes de notre
entourage proche, observe-t-elle, en choisissant à chaque fois le moyen de
communication le plus adapté à la situation, au contexte, à l'interlocuteur.
Ces communications, explique l'auteure, pour réduites qu’elles soient, nous sont
devenues essentielles. Elles ne doivent pas être prohibées dans l'espace
professionnel, sous peine de générer du stress et de l'inconfort.
Particulièrement dans une époque où la séparation entre espace privé et espace
de travail se durcit et où l'espace de l'entreprise tend à se renfermer sur
lui-même.
D'autant plus, ajoute-t-elle, que les interdictions liées à ces communications
sont souvent appliquées d'une façon inégale et peu valorisante pour les employés
: ce sont les travailleurs placés les plus bas dans la hiérarchie
professionnelles qui sont le plus frappés par ces règlements, et infantilisés
par eux.
Stefana Broadbent est assez claire sur la question d'une éventuelle baisse de
productivité ou d'efficacité liées à ces communications, qui pourraient
justifier les interdictions. Dans une interview accordée au site
InterviewActu.net, elle incrimine une mauvaise approche de la gestion du
travail : "[...] On punit l'employé, mais on ne pose pas la question de ce
qui a rendu le travail inintéressant", dit-elle. "Ces 20 dernières
années, grâce aux TIC, on a isolé les travailleurs, on les a instrumentalisés,
divisés... Jusqu'à l'introduction des téléphones mobiles, on pouvait encore
compter sur la présence, sur l'attention de l'employé, mais depuis... Les
mobiles font ressurgir les failles de l'organisation du travail telle qu'on l'a
construite. Bien sûr, la réaction consiste trop souvent à contrôler, punir,
restreindre... Alors que c'est le travail lui-même qu'il faut repenser."
Stefana Broadbent milite donc pour une meilleure intégration de la communication
personnelle au travail, quitte à passer par des phases d'apprentissage et
d'éducation à l'utilisation des canaux.
Idée avec laquelle on pourrait difficilement ne pas être d'accord, quand on
considère le fait que, de toute façon, les communications personnelles seront de
plus en plus difficiles à interdire complètement, à moins peut-être d'interdire
complètement le téléphone portable sur le lieu de travail. Ce qui sonne comme
une aberration. Les moyens de la communication seront, et sont déjà
omniprésents, quoi qu'il arrive. Apprendre à les gérer correctement plutôt que
de se livrer à une prohibition inutile et forcément contournée semble donc la
voie la plus sage pour les managers de demain...
Julie Quillien