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LES CONSÉQUENCES ABSURDES DES IMMEUBLES HQE
Nouvelle page 3

Les bâtiments de Haute Qualité Environnementale respectent-ils la qualité de vie des utilisateurs ? C’est la question que commencent à se poser certains directeurs de services généraux, à l’instar de Thierry Cadiot, chez Prisma Presse. Installés depuis trois mois à Gennevilliers dans des immeubles certifiés construction HQE, les employés de Prisma Presse, sans doute fiers de respecter l’environnement, pourraient aussi se sentir abandonnés au profit de Dame Nature. Car la norme écologique répond à des impératifs qui ne sont pas toujours conciliables avec ceux des utilisateurs… Ainsi, pour réduire la consommation énergétique, les bâtiments HQE doivent favoriser l’éclairage naturel, ce qui conduit à réduire la profondeur des espaces afin de rapprocher les fenêtres des bureaux. Sur le site de Gennevilliers, cela s’est traduit par la mise en place d’une double circulation, soit 6 000 m² de couloir, c’est-à-dire un quart de la surface perdue en circulation ! Qui a parlé d’optimisation des surfaces ? La contradiction ne s’arrête pas là, puisque depuis leur installation, les salariés se plaignent de trop d’éclairement.

 

 

 

L’ensoleillement au poste de travail est si fort que les stores ne suffisent pas à le parer, un réel handicap pour l’ensemble des collaborateurs qui souffrent d’énormes variations de lumière liées aux immenses baies vitrées.  Ces dernières ne permettant pas une bonne isolation, le site s’est équipé de climatisations qui vont évidemment contre l’orientation écologique du bâtiment. « Les bâtiments certifiés HQE à la fois pour leur construction et pour leur exploitation sont très rares, en fin de compte », explique Thierry Cadiot. « On parle davantage de bâtiments basse consommation (BBC), car cela reste très contraignant de concevoir un immeuble entièrement HQE ». Concernant l’isolation, par exemple, cela exigerait de construire en triple façade au sud et double façade au nord, afin de favoriser l’isolation et la ventilation. Le double vitrage mono façade vécu par Prisma Presse ne permet donc pas d’abandonner la climatisation. « C’est aussi la mentalité des preneurs et des occupants, qu’il faut changer », constate T. Cadiot. En effet, difficile de faire admettre au personnel que l’avenir de la planète pourrait bien passer avant notre confort personnel ! Pour ne pas en arriver là, il faut en fait accepter une révolution complète de l’immobilier et de son usage, plutôt que de chercher un consensus entre des impératifs écologiques et nos habitudes de travail. L’exemple de la luminosité imprévue de l’éclairage naturel nous montre bien que le dispositif n’a pas été pensé dans une vision globale prenant en compte le bâtiment et son usage, au niveau de l’utilisateur. En favorisant l’environnement au détriment de l’humain, on déshabille Paul pour habiller Pierre, et on n’a pas avancé d’un pouce (vert) ! Au risque de voir une recrudescence des anti-écologistes dans les bureaux HQE… Peut-on être heureux dans un immeuble HQE ? C’est peut-être cette question que doivent se poser les constructeurs. Et une fois de plus, c’est une question qui demande une concertation entre tous les acteurs de l’immobilier d’entreprise, du concepteur à l’utilisateur.

 

Suzanne Duchiron