Nouvelle page 2
Comment se comportent les grandes entreprises en matière de
stratégie immobilière en 2010 ?
Le 2ème
baromètre utilisateurs BNP Paribas réalisé au premier semestre 2010 tente de
percevoir la tendance actuelle, les attentes et les projets des utilisateurs.
Un baromètre plutôt maussade
L’étude portant sur tous les secteurs d’activité montre en
premier lieu une insatisfaction générale des sondés sur leur situation
immobilière. La première cause de ce mécontentement n’est pas la raison
financière (en 2ème position), mais d’abord la superficie, et en 3ème
position, la performance technique des locaux. Ce n’est donc pas tant le cadre
qui gêne, mais avant tout la vie de l’utilisateur au sein du bâtiment. En dépit
de l’expansion des grandes entreprises, pour la plupart multisites, et de
l’interaction des bâtiments avec leur environnement (leur impact économique et
écologique), il semble que les entreprises ne se soucient avant tout que de ce
qui se passe à l’intérieur de l’immeuble. L’objectif numéro un reste la
rentabilité immédiate, et celle-ci passe alors par un mouvement général de
rationalisation. On cherche à réduire les surfaces et à maîtriser les coûts
d’exploitation en freinant l’investissement à long terme. Bien peu de prise de
risque dans cette attitude frileuse, que l’on peut imputer à la crise qui
s’éternise…
Ce n’est pas l’heure de
l’investissement durable
Le problème, c’est que la vitesse d’un cycle immobilier
n’est pas la même que celle du cycle des affaires. Sachant qu’il faut cinq ans
pour livrer un immeuble, il apparaît bien souvent que ce qui a été mis en
chantier ne correspond plus aux besoins une fois le bâtiment achevé. Les
entreprises aimeraient pouvoir se reposer la question immobilière tous les ans,
sans quoi elles ne peuvent espérer une adaptation parfaite des locaux à leurs
besoins, sans cesse en évolution. Hélas, il s’avère difficile de réconcilier ces
deux vitesses, et d’obtenir une telle adéquation entre le bâtiment, les besoins
de l’entreprise, et les exigences environnementales du Grenelle mises en œuvre
il y n’a que deux ans. Ce décalage entraîne alors chez les utilisateurs une
démobilisation, et une perte d’intérêt pour l’investissement durable, qui n’est
encore ni obligatoire, ni véritablement au point. En effet, l’offre de bâtiment
HQE est beaucoup trop faible pour satisfaire une demande générale, car moins de
la moitié du parc neuf disponible à un an est certifiée. Face à cette pénurie,
et aux incitations juridiques et économiques encore beaucoup trop faibles pour
faire autorité, les entreprises en restent alors au stade déclaratif, mais
velléitaire. Les normes futures sont annoncées de manière confuse, et peu
d’entreprises cherchent à les anticiper faute d’information. Si de plus en plus
d’utilisateurs affirment être sensibles à l’écologie et déclarent que le
développement durable est un enjeu pour leur entreprise, dans les faits, les
entreprises occupant des locaux HQE sont très largement minoritaires. Seuls 13%
des entreprises de plus de 1000 salariés occupent des locaux HQE, et 3%
seulement pour les plus petites. Quant à leurs aménagements futurs, les
entreprises restent encore hésitantes sur l’investissement vert. La
préoccupation verte est trop éloignée des collaborateurs pour influencer leur
comportement, et leur intérêt continu à porter sur des soucis individuels : la
proximité, le parking et les services. Ce qui nous porte à conclure que tant que
l’on n’emploiera pas de moyens coercitifs pour exiger la conformation aux normes
HQE des bâtiments d’entreprises, ces dernières ne passeront pas à l’action.
Un changement de mentalité ?
Outre la rationalisation,
l’étude fait état d’un accroissement de la mobilité dans les mentalités. 64% des
utilisateurs interrogés déclarent penser à un déménagement. Mais attention,
déménagement n’implique pas changement. La localisation, le prix et
l’accessibilité restent les critères dominants, comme en 2009, et les services
déclarés indispensables aux utilisateurs sont toujours les parkings, la
climatisation et la sécurité. Encore une fois, aucune conscience de groupe ne
transparaît dans ces revendications individuelles, aucun souci du bien commun,
du développement durable et de l’écologie. Cependant, ce désir de mobilité est à
corréler à la préoccupation de géolocalisation, premier critère déterminant le
choix d’implantation de l’entreprise. On semble constater en fait une
préoccupation sociale de plus en plus prégnante, et les entreprises sont
soucieuses du temps de transport de leurs employés. De manière plus générale
encore, cela pourrait dénoter un changement de style de management et de
conduite des projets, qui passe d’un certain absolutisme à une politique de
concertation et de consensus entre les collaborateurs et utilisateurs du site.
Ce changement de posture managériale confère une sensibilité plus sociale dans
la gestion d’entreprise, qui s’en ressent sur les stratégies immobilières. On
pense aux coûts, mais aussi au confort des salariés.
Ce changement de mentalité suffit-il à modifier en
profondeur le comportement des utilisateurs dans l’immobilier d’entreprise ?
Rien n’est moins sûr… On peut craindre d’y voir davantage un repli sur soi
qu’une ouverture, un retour sécuritaire aux préoccupations immédiates plutôt
qu’un élan courageux vers de nouvelles formes d’habiter le travail et
l’entreprise.
Suzanne Duchiron