Génie des Lieux, conseil en aménagement d’espaces de travail, a organisé un atelier-débat le 30 juin 2010 autour de la question de « La mesure des coûts des (mauvaises) conditions de travail dans les bureaux ». Ce fut l’occasion de soulever la question du coût et de la performance de l’environnement de travail, et de son influence sur la performance des salariés.
Performance de l’environnement de travail
Afin de mesurer les coûts des conditions de travail dans le tertiaire, posons-nous la question du coût et de la performance de l’environnement de travail.
Le poste de travail inclut quatre axes de performance :
1- Economique et financier
2- Social et organisationnel
3- Design, aménagement, technique
4- Environnement, écologie
Ces problématiques se traduisent dans les métiers liés à l’environnement de travail :
- aménagement
- déménagement
- maintenance
- services à l’occupant
Tous ces éléments, composantes de l’environnement de travail, ont un impact sur les conditions de travail et la performance du salarié.
Ils représentent chacun un coût pour l’entreprise :
- aménagement : 1000 €/an/occupant
- déménagement : 250 € / an/poste
- maintenance : 1800 € à 2200 €/an/poste
- services à l’occupant : 2500 € à 2900 € /an/poste
Après avoir additionné l’ensemble des services délivrés, le coût d’exploitation global d’un occupant dans le tertiaire s’élève à 9 080 € en moyenne en France.
Le poste de travail représenté par l’immobilier et les services coûte l’équivalent de 5% du compte de résultats de l’entreprise.
A partir de ces coûts, peut-on mesurer l’impact de l’environnement de travail sur la performance des salariés et sur la performance globale de l’entreprise (salariés + immobilier) ?
Quelle place a-t-il dans les conditions de travail ?
Espace de travail et risques psychosociaux
Dans le tertiaire, les conditions de travail ont un impact sur les risques psychosociaux plutôt que sur les risques physiques.
Les facteurs de risques psychosociaux sont :
- l’organisation du travail
- la satisfaction d’exigences personnelles
- le changement dans le travail
- les relations collègues/hiérarchie
L’environnement de travail est une composante de l’organisation du travail. Il peut contribuer à diminuer les risques psychosociaux au travers du confort du poste de travail, des services délivrés et d’actions de prévention.
Un investissement supplémentaire dans le confort de l’environnement de travail (amélioration de l’acoustique, conciergerie…) et les actions de prévention (ex. questionnaires de satisfaction sur l’environnement de travail) a-t-il un impact sur la performance des salariés ?
Un salarié rapporte en moyenne 120 000 € de chiffres d’affaires annuel à son entreprise et lui coûte en immobilier 10000 € /an. Si on accroît le coût immobilier pour améliorer le confort de l’environnement de travail, le salarié va accroître son bien-être, par conséquent il adhèrera davantage à la stratégie de l’entreprise ce qui le conduira à être plus performant. Cette hypothèse n’est pas démontrable et l’impact de l’investissement immobilier sur la performance des occupants ne peut pas être mesuré.
L’entreprise et l’espace aujourd’hui
Les années 2000 marquent un tournant dans l’évolution des conditions de travail avec l’apparition et la généralisation des nouvelles technologies dans l’ensemble des entreprises tertiaires.
Elles contribuent à faciliter les échanges, elles réduisent les distances, voire remplacent les postes de travail…
Le rôle des technologies dans la hausse de performance des salariés est incontestable (après 2000, en France les TIC contribuent de 0,5% à la croissance annuelle). Toutefois elles ont leurs effets pervers : trop de mails, trop d’informations, trop d’interconnexion, suppression frontière sphère privée/ professionnelle…
Par ailleurs le « bureau nomade » ou le télétravail détruisent le lien social né en partie de l’espace de travail. En effet celui-ci est nécessaire à un attachement du salarié à son entreprise, qu’il passe par une personnalisation de son bureau ou par les pauses cafés entre collègues.
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Les salariés des années 2000, « la génération Y », nés dans les années 1975-1980, sont moins collectifs mais plus interconnectés que les précédentes générations. Cette nouvelle génération de salariés coïncide avec des mutations dans la sphère de l’entreprise : évaluation de la performance des salariés et mesure plus individualisées, changements plus brusques… des éléments qui contribuent à la perte du collectif et nuisent à la réalisation de l’individu. Dans ce contexte, l’espace peut recréer un attachement de l’individu pour son entreprise. La génération Y n’échappe pas à ce besoin d’ « affect ».
Pour tenter de mesurer l’influence de l'environnement de travail sur la performance des salariés, il est possible d’imaginer un indicateur de HQBE, « Haute Qualité de Bonheur Environnemental », qui mesurerait la satisfaction des occupants de l’espace de travail (ex. conciliation vie privée/vie professionnelle, confort des locaux, confidentialité des informations et des échanges, accès à des services divers…).
Ce « bonheur environnemental » a-t-il un rôle à jouer dans la performance des acteurs ? Si oui, le rapport Valeur Ajoutée du salarié / coût du poste de travail est-il un indicateur fiable ?
L’espace de travail comme lieu social
S’il est impossible de mesurer l’influence des conditions de travail sur la performance des salariés, il est certain que l’espace constitue un capital immatériel nécessaire à la vie et au bien-être en entreprise. Les Directions générales ne doivent pas sous-estimer la place de l’environnement de travail dans l’organisation de l’entreprise. Elles doivent retenir ceci : « Tout ce qui peut être dénombré ne compte pas forcément ; tout ce qui compte ne peut pas forcément être dénombré. » Albert Einstein
Michel TOLILA