Nouvelle page 1
La rédaction m’a fait passer une étude sur
la professionnalisation de la fonction développement durable dans les
entreprises, du genre : « on passe X % en 2001 de personnes à ce poste à X% en
2009… La préoccupation des entreprises s’affirme,…etc. »
Je lui ai répondu : « mais ça, c’est
l’affichage développement durable des entreprises. La fonction existe depuis des
années. J’y travaille depuis 15 ans. Je fais quoi ? ». Que se passe-t-il pour
que des néophytes (sympathique au demeurant) pense que le développement durable
c’est nouveau et qu’on s’en occupe que depuis quelques années ? Je vais essayer
de vous expliquer ce fait en présentant les 2 types de fonctions dans
l’entreprise : Le stratégique et l’opérationnel.
Le
développement durable stratégique : consolidation et communication.
Le développement durable stratégique est
celui dont parle Monsieur tout le monde (le néophyte curieux). Il s’agit de
cette fonction, à coté de la direction générale, qui est chargée de montrer que
l’entreprise fait du développement durable. Elle a été mise en place
principalement depuis le début des années 2000. Elle a été fortement motivée par
la loi NRE qui a imposé aux grands groupes de mettre des indicateurs dans leurs
rapports annuels. La fonction développement durable stratégique a commencé par
cette tâche : Montrer qu’on n’est bon, ou au moins pas mauvais sur les
indicateurs. Donc, pas mal de communication, de valorisation de l’existant.
Aujourd’hui, c’est une fonction qui se
cherche un peu. Comment rentrer dans l’opérationnel sans y rentrer vraiment ?
Comment structurer sans contraindre ? Il faut voir que beaucoup de grands
groupes sont en structures de profits autonomes. Ce sont des poupées russes où
la consolidation opérationnelle se fait sur des entités de quelques centaines
voir milliers de personnes. Il peut y avoir un conflit objectif entre ses
entités (en charge de la réalisation du chiffre d’affaires et de la marge) et le
niveau holding, façon de dire : « OK ! Je fais le chiffre d’affaires mais ne me
dites pas comment faire ». Le développement durable stratégique a un peu de mal
à imposer des méthodes précises aux niveaux des entités. Pour le moment, il
s’agit plus de principes de gouvernance : « vous êtes OK sur les indicateurs et
éventuellement vous vous engagez à mettre en place des systèmes de management
(ISO, HQE ou autres…) ».
Le risque de cette fonction est de tomber
dans une fonction uniquement communication et de chercher à montrer une super
image même si les sites ne sont pas tous au niveau. Cette stratégie ne va pas à
contre courant de l’autre.
Le
développement durable opérationnel : la mise en œuvre
Le développement durable opérationnel,
c’est le terrain, le site immobilier, l’usine, l’agence…
La fonction existe en fait depuis des
dizaines d’années. Le gros de la réglementation Hygiène/Sécurité a été produit
depuis les années soixante dix. C’est ce qu’on appelle encore la fonction HSE
(Hygiène, Sécurité, Environnement).
Elle est surtout axée sur le respect de la
réglementation et plus récemment sur la mise en œuvre des systèmes de
management. C’est une fonction de spécialiste avec des implications en général
sur les autres services pour les actions à mettre en œuvre (travaux, contrôles,
formations…). Dans le tertiaire, cette fonction est souvent portée par la
Direction des Moyens Généraux. En effet, c’est l’objet « immeuble » qui porte
les impacts environnement et sécurité. Le Directeur des Moyens Généraux est donc
sans doute un des acteurs majeurs du développement durable dans les entreprises.
Tel Monsieur Jourdain, il fait du développement durable sans le savoir à travers
les actions HSE.
Je ne parle pas de la dimension
Social/Sociétale qui est encore un peu floue dans les entreprises, mais qui peut
entrer également dans la Gestion Immobilière (notamment dans les relations aux
fournisseurs ou les relations avec le territoire environnant).
Les grands axes du développement durable
opérationnel sont généralement :
Le respect de la réglementation
C’est le « gros morceau ». Le suivi des
contrôles réglementaires et des observations, la conformité aux textes nouveaux
et existants… Combien d’entreprises peuvent aujourd’hui se dire « zéro défaut »
sur ce domaine ? C’est tout un sujet sur le quel je ne vais pas m’étendre. Mais
je suis sûr qu’on va vers une exigence de conformité de plus en plus forte (qui
peut venir de la Direction Générale) et qui va imposer une gestion sans doute
plus rigoureuse avec de la traçabilité, de la transparence, des outils de suivi…
Il ne s’agit plus de dire « je suis conforme », il faut le démontrer.
Les systèmes de management
La mise en place d’un système (ISO, HQE
Exploitation…) est un bon outil pour intégrer le développement durable dans le
management quotidien de l’entreprise. Cette mise en œuvre ne consiste pas
uniquement à chercher des niveaux de performance HSE supérieure à la moyenne,
qui sont un leurre. En effet, l’entreprise dans son environnement
concurrentiel ne peut s’imposer des règles couteuses qui la pénaliseront sur
les marchés. Elle peut faire « un peu » : « j’ai un bâtiment HQE » pour donner
l’exemple. Elle ne peut pas faire tout : « Tous mes bâtiments sont à haute
performance énergétique et je paie mon m² 20 à 30% plus cher que mes
concurrents ». L’augmentation de la performance développement durable des
entreprises se fera principalement par le réglementaire (tout le monde aura les
mêmes règles). La politique d’un groupe pourrait être de pousser des normes
environnementales et sécurité plus strictes au niveau français ou européen (on y
est pas encore mais il est possible que cela arrive un jour). Donc la mise en
œuvre opérationnelle, c’est juste de s’en occuper, de ne pas laisser la fonction
dans un placard sans regarder ce qui se passe. Un bon manager développement
durable a une attitude de « bon père de famille » : « OK, on s’y met ! M. Le
spécialiste, tu m’expliques comment ça marche et on essaie de faire des choses
utiles, pas trop chères et qui améliorent progressivement les choses »
(traduction en langage courant des exigences générales de la norme ISO 14001).
*
* *
Face au développement durable visible,
stratégique et communicationnel du top management des groupes, il existe un
développement durable opérationnel de terrain qui n’a pas attendu la mode pour
s’occuper d’environnement et de sécurité. Il s’agit aujourd’hui à chacun de
trouver sa place, de se parler, d’être complémentaire, de ne pas créer
« d‘églises ». Il est clair que la fonction Direction Immobilière est centrale
pour le développement durable opérationnel dans le tertiaire. Le Manager a
toute sa place pour proposer des actions, des démarches sans se noyer dans les
référentiels. Il s’appuie sur le spécialiste et dialogue avec le reste de
l’entreprise. Son bon sens est un point fort pour faire entrer le développement
durable dans la vie courante de l’entreprise sans en faire une religion.
Alors, à vous de jouer….
Antoine Guignier