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L’expression « espaces tiers » apparaît comme une
qualification utilisée par les spécialistes du « space planning ». Il s’agit de
définir dans un lieu de travail, en fonction des besoins de la production
d’activités, quelles qu’elles soient, des espaces dont le rôle est de permettre
l’apparition d’usage correspondant à des choix indépendants de la production et
permettant à l’individu d’y vivre pour un temps plus ou moins long une liberté
ou tout au moins une libération des contraintes habituelles qui naissent des
rapports organisés du cadre et du milieu : le travail.
Image: Google Zurich
Il semble que les tentatives faîtes dans cette recherche
soient des échecs ; ces espaces demeurent vides, rien ni personne ne s’y
installe. Ces espaces restent profondément marqués par « l’idéologie »
institutionnelle qui leur a donné naissance et l’institution inévitablement
fonctionnaliste ne permet pas l’expression d’indépendance, qui ne peut
s’inscrire que dans la rupture, dans un « entre deux » que le café du coin, le
trottoir fumeur, ou le coin de parking n’a aucune difficulté à proposer.
Devant ce constat, nous ne pouvons que nous souvenir de
l’expression de Mies Van Der Rohe : « Moins c’est plus » préconisant l’ordre
épuré a laquelle Franck Lloyd Wright répondit « moins c’est plus quand plus
c’est trop ». Peut-être faudrait-il reprendre cette réflexion et tenter une
réhabilitation du désordre qui dans bien des cas peut apparaître comme une
liberté.
Gilles Clément, le paysagiste, propose une utilisation de
l’espace tiers qui provoque une réflexion. L’espace tiers dans le paysage, c’est
l’espace situé au cœur d’un aménagement végétal bien ordonné et libéré de tout
projet ou contraintes d’aménagement. Des herbes dites « folles » s’y développent
et déterminent des espaces dont l’indépendance se révèle naturellement festive.

Image: Les Voyageuses : Céline Dodelin et François Wattellier
Nos relations à l’espace sont très rarement indépendantes
des relations sociales qui nous accompagnent dans la plupart des moments de
notre vie quotidienne. Aucune grande histoire d’amour ne sera gênée dans son
effervescence par l’exiguïté de son lieu d’accueil. L’ordre intérieur à chacun
de nous est toujours plus apte à nous faire vivre le bien être qui prétend nous
guider, nous aider, et aussi nous conduire.
Et pourtant il faut bien tenter d’organiser notre monde,
d’y mettre des choses à la place qui les attends sans jamais oublier que le
pragmatisme est une pratique de la vie et demeure pour l’apprenti aussi bien que
l’expert l’architecture de la vie pratique.
Robert Guignier