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Internet, royaume de la gratuité et de l’échange libre de
contenu se voit colonisé par des plateformes d’information payantes. La guerre
est ouverte entre les idéaux libertaires, et la volonté d’une information
filtrée de qualité.
Rentabiliser les publications
internet.
Depuis fin décembre 2009, un gros groupe de presse allemand
(Axel Springer) a rendu payant l’accès à certains de ses articles en ligne,
ainsi que l’accès Iphone à ses plus gros quotidiens d’information. Bien que la
somme reste modique (4,99 euros par mois), la mesure est très mal perçue par les
internautes qui se dirigent vers d’autres publications toujours gratuites. Il
est vrai que d’un point de vue général, dans le monde du tout gratuit, personne
n’a envie de payer une information qu’il peut obtenir gratuitement par ailleurs.
D’après une étude du groupe Taylor Nelson Sofres, en 2001, moins de 12% des
internautes qui utilisaient déjà internet comme source d’information seraient
prêts à souscrire à un abonnement pour conserver l’accès aux publications. Il
semble pourtant que ce passage à la caisse soit à un moment ou à un autre soit
inévitable. Sur les blog et sites d’analyse fleurissent les articles intitulés
« comment rendre payant votre site gratuit », ou « quels sont les moyens de
financer un site gratuit ». Car le fait est qu’un site, gratuit ou non, a un
coût. De l’hébergement au salaire de votre serviteur, les frais, bien que
moindres par rapport à un journal papier, sont réels.
Les cordons de la bourse.
Le financement par la pub, c’est la première idée qui nous
vient à l’esprit, pourtant, en dépit des avantages qu’il présente, il est truffé
d’inconvénients. La publicité est le financement premier de toute publication
gratuite sur internet où ailleurs. Mais pour que cette seule source de revenu
prenne en charge la totalité des coûts, il faut vendre beaucoup d’encarts
publicitaires. Le premier danger est de transformer son magazine d’information
plein de bonnes intentions en cimetière à pub. Le second, est la faillite qui
guette les rédactions trop peu conventionnelles faute de trouver suffisamment de
financement. Hors, pour nombre de sites internet spécialisés comme celui que
vous êtes en train de lire en ce moment même, les annonceurs ne se bousculent
pas au portillon. L’ouverture est réduite et souvent concentrée à un milieu
socioprofessionnel, par conséquent, les annonceurs intéressés sont eux aussi en
nombre réduit. Ce sont donc peu d’annonceurs qui financent une grande partie de
la publication. Dans ces conditions, iriez-vous en tant que rédacteur en chef,
publier un article qui nuit à votre principal mécène ? Cela reviendrait à vous
couper vous-même les vivres. Toute publication financée par annonceurs est
sujette à des pratiques telles que les publi-communiqués, ou l’auto-censure. Et
l’éthique journalistique me direz-vous ? Tout est une question de dosage, et de
conscience professionnelle. Limiter les financements par la publicité, c’est
limiter l’influence des annonceurs sur la publication. Mais dans ce cas de
figure il faut trouver d’autres sources d’argent, et mettre à contribution notre
bien aimé lecteur.
Pourquoi on paye ?
Téléchargez-vous illégalement des contenus culturels sur
internet ? Ce n’est nullement mon point de juger ici s’il faut ou non y
renoncer, mais le fait est qu’il ne faudrait pas pour la simple raison, que
derrière ces contenus il y a des auteurs que la vente est censée rémunérer.
Nous payons donc allègrement régulièrement notre contribution à la création et à
la réflexion en achetant ces contenus. Et la plupart du temps, il nous
apparaît normal de le faire, de la même manière qu’il nous apparaît normal de
payer notre baguette de pain ou notre journal. Payer l’accès à une publication
web c’est reconnaître la valeur du travail de la rédaction. Selon Gloria Origgi,
le web serait en train de passer d’un modèle de stockage, à un modèle de
filtrage des données. Puisque l’on est dans le monde du tout gratuit,
l’information web n’a que la valeur que sa source lui apporte. Il est très
difficile de séparer le vrai du faux, le neutre de l’engagé dans la masse
d’information proposée par le net. Par exemple, au commencement de Google, il
était impossible pour l’utilisateur de différencier les référencements
commerciaux des autres entrées de votre recherche. Dans ce contexte, financer
vous-même le magazine que vous lisez, est une manière de vous assurer de
l’objectivité de l’information qui sera le fruit d’une scrupuleuse analyse
journalistique. Informer les lecteurs revient au centre de nos préoccupations,
et la liberté d’expression n’est plus freinée par le pragmatisme financier. Pour
reprendre la formule de nos collègues de Rue 89, « soyez sûr de votre
information. »
Alexandra Deroch