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QU’EST-CE QUI REND LES FRANÇAIS HEUREUX ?
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Une enquête publiée en novembre 2009 analyse les dimensions contribuant au bonheur.

 

Qu’est-ce que le bonheur ?

Comment mesurer le bonheur des français ? Encore faudrait-il savoir ce que désigne la notion de « bonheur »… Sans imposer des critères de satisfaction de vie préétablis, un sondage TNS Sofres réalisé pour Psychologie magazine en octobre 2009 à cherché à savoir si les français se sentaient heureux, en évaluant le jugement qu’ils portent sur leur vie et l’importance de leurs émotions positives. Cette approche élaborée par Ed Diener (1984) devrait permettre de déceler les ressorts et le mécanisme du bonheur, autrement dit, de comprendre ce qui rend les gens heureux. Alors, les français sont-ils heureux ? L’enquête révèle un bon niveau de bonheur en France, tant sur l’échelle de « satisfaction de vie », qui signifie que les individus considèrent que la vie qu’ils mènent correspond à leurs attentes, et se sentent humainement réalisés ; qu’au niveau de « l’équilibre hédonique », dont le caractère élevé permet d’affirmer que les français ressentent davantage d’émotions positives (affection, joie, satisfaction, fierté) que d’émotions négatives (tristesse, colère, peur, culpabilité).

 

Le travail n’est pas un facteur déterminant du bonheur

Concernant les dimensions contribuant au bonheur, étrangement, le travail ne trouve pas sa place dans les critères fondamentaux relevés. En première position se trouvent pourtant le niveau de vie et les revenus, suivis de près par la place que l’on occupe dans la société. Alors que ces dimensions sont les conséquences directes du métier que l’on exerce, le travail en tant que tel est relégué au plus bas des préoccupations liées au bonheur pour les français. Pourquoi un tel hiatus entre le travail effectué – dont on semble se moquer – et ce qu’il nous procure – argent et statut social ? Il semble que les français ne considèrent pas leur travail comme une possibilité d’épanouissement personnel, d’accomplissement de soi, ou encore de rencontres et de développement de leur réseau social (car le couple pour sa part est placé en troisième critère essentiel au bonheur), mais seulement comme un simple moyen d’accéder à un bon niveau de vie et une sécurité sociale. Le travail en soi n’a donc aucun contenu hédonique, il n’est tout au plus que l’instrument du bonheur, à supposer que c’est par lui que l’on gagne de l’argent, ce qui n’est encore pas si évident.

 

Le travail mis hors-jeu dans la recherche du bonheur

Nous avions vu le mois dernier à l’appui d’une enquête réalisée par AOS Studley que le bonheur d’un employé n’était pas lié à ces conditions de travail ; il semble que nous pouvons poursuivre aujourd’hui avec ce nouveau sondage que c’est parce que finalement les français n’attendent pas le bonheur de leur travail. L’analyse de cette nouvelle enquête souligne que si les gens ont le sentiment d’être heureux, ce n’est pas tant en raison d’une satisfaction objective de leurs besoin (« avoir ce qu’il me faut »), que par un effet de comparaison vis-à-vis de l’entourage. Les français se sentent heureux s’ils se considèrent avantagés par rapport à leurs voisins, s’ils ont une impression de supériorité sur leur entourage, qui leur renvoie alors une image positive d’eux-mêmes. Pour illustrer ce phénomène, Daniel Cohen utilise dans La prospérité du vice (2009) l’exemple suivant de Marx : « Une maison peut être grande ou petite, aussi longtemps que les maisons voisines ont la même taille, tout va bien. Si on construit un palais à côté, la maison devient minuscule. »

 

Le travail doit-il renoncer à participer au bonheur ?

Si les français ne cherchent pas le bonheur dans le travail, faut-il pour autant ne plus se préoccuper du bien-être au bureau ? Si le confort n’accroît pas le bonheur du salarié, ce qu’il faut prendre en compte est plutôt ses préoccupations extérieures. En effet, les français voient leur bonheur dans leur vie privée : leur confort de vie, leur place dans la société, et leur couple. Il s’agit donc pour l’employeur de participer à cette satisfaction en permettant une meilleure gestion du partage du temps entre vie privée et vie professionnelle. En intégrant alors la problématique du bonheur individuel dans l’organisation du travail, peut-être que l’on parviendra à redonner au travail ses véritables enjeux : satisfaire à la fois les besoins des hommes et leurs désirs.

 

Suzanne Duchiron