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Qu’est-ce que le management
participatif par objectif ?
Le pouvoir était hier le principal enjeu organisationnel
mais il serait aujourd’hui, selon Christian Bourion (professeur et rédacteur en
chef de la revue internationale de psychosociologie) « le pire ennemi du
management : un outil archaïque et dépassé, source d’injustice, générateur de
haine, témoin d’une époque révolue ». Face à ce constat, le chercheur sur la
logique émotionnelle dans le comportement et les organisations a avancé un
nouveau paradigme : le management débarrassé du pouvoir. La problématique n’est
plus de produire de l’obéissance mais de produire des idées, en associant toute
la société au projet général, plutôt qu’en faisant de chacun de ses membres un
exécutant aveugle. Ce management engage tous les acteurs de l’entreprise dans
une vision globale de leur objectif, et leur donne ainsi une plus grande mesure
de leur fonction, valorise leur rôle et accroît leur performance, qui est
améliorée de surcroît par le partage des idées, la communication et la
solidarité d’équipe. Le management participatif apparaît alors comme un
management donnant-donnant, dans lequel la hiérarchie verticale laisse place à
une égalité de valeur entre les collaborateurs puisque chaque fonction est un
maillon indispensable de la chaîne de production. A cela s’ajoute l’émulation
qui naît de cette communauté de travail, qui favorise le développement d’idées
et les prises d’initiatives. Le management participatif par objectif vise donc à
concilier objectif individuel et objectif organisationnel, tout en valorisant
l’individu et en l’intégrant dans l’entreprise et en reconnaissant sa valeur.
Un management directif
déguisé ?
Le management participatif par objectif refuse de
considérer l’individu comme un seul outil de production, et un simple exécutant.
Le salarié a une place reconnue dans l’entreprise et s’associe au projet global.
Il est donc plus impliqué, motivé et efficace dans sa tâche. Appelé à participer
aux objectifs visés et à définir lui-même sa place dans le projet, l’employé est
émancipé d’une politique managériale directive, et devient alors lui-même son
propre manager. Mais il ne faut pas s’y tromper. Moins d’ordres directifs ne
signifient pas moins de contraintes. Au contraire, le management participatif
par objectif donne aux travailleurs une impression de plus grande
responsabilité, en leur montrant leur rôle dans le projet commun de
l’entreprise, et ceux-ci subissent alors davantage de pression. Certains
collaborateurs font même acte de résistance contre la mise en place d’un tel
style de direction, refusant de s’engager plus qu’il ne faut, par peur de voir
leur charge de travail augmenter, où de se voir attribuer des responsabilités
qui dépassent leur fonction dans la mesure où le projet appartient à tout le
monde. Le management participatif implique davantage les individus dans
l’entreprise et développe la coopération entre eux. Cette confrontation commune
du travail de chacun en vue de l’objectif défini expose alors les collaborateurs
les uns aux autres, et accroît le risque de conflits et de compétitions au sein
du personnel. Ce n’est pas nouveau, le partage du pouvoir est source de conflit.
L’ennemi n’est donc plus le personnel directif (ou le manager), mais le
collègue.

Un frein à l’efficacité ?
La mise en place d’un management participatif peut être
source d’efficacité grâce à la stimulation qu’elle permet, mais la motivation
par objectif peut détruire ce gain car elle réinjecte une logique individuelle,
et partant, une concurrence interindividuelle. Ce style de direction valorise la
compétence personnelle, et le « pilotage de soi », selon l’expression de Bourion.
Mais il faudrait prendre garde à ce que la disparition du manager directif ne
laisse pas place à tout un tas de managers qui s’empêchent les uns les autres.
Il est des situations où une décision ou un contrôle unique sont parfois
bienvenus pour maintenir l’ordre. Sans prôner le diktat organisationnel, on peut
se prémunir des dommages collatéraux de ce style de management participatif.
Est-il vraiment nécessaire de faire participer tout le monde sur le projet
global de l’entreprise ? Faire participer tous les collaborateurs de
l’entreprise à la résolution d’un problème par exemple, peut s’avérer inutile et
coûteux à l’entreprise car les ressources mobilisées ne détiennent pas forcément
l'information pertinente et/ou l’intérêt à la résolution de ce problème. Le
problème du management serait peut-être celui de la sur-communication, de la
prolifération de réunions, notes de services, e-mails et messageries
instantanées : autant de communication en tous sens qui est apportée comme une
solution miracle. Mais faut-il être au courant de tout ? Cet excès de
communication s’avère parfois un frein à l’efficacité, quand il suffirait que
seule la bonne personne détienne l’information nécessaire pour que le projet
avance, au lieu de consulter l’ensemble des collaborateurs.
Engendrer une décision collective est en outre autrement
plus difficile que de formuler un ordre. Le management autoritaire a le mérite
de produire de l’action (liée à l’obéissance), tandis que le management
participatif produit des idées, mais ralentit la décision finale. En favorisant
la discussion, il paralyse l’organisation et l’action.

Chaque théorie managériale est une idéologie dont il faut
se méfier. Il n’y a pas une seule réponse, mais c’est à chaque entreprise de
trouver le modèle qui lui convient, et de l’adapter à ses particularités. Tant
que le management sera vécu comme une application paradigmatique, il restera
toujours directif. En effet, même le management dit « participatif », est
directif dès lors qu’il est imposé comme système organisationnel. Pour qu’il y
ait une collaboration efficace, il ne faut pas qu’elle vienne de la direction,
mais qu’elle soit souhaitée par les collaborateurs, et fasse l’objet d’une mise
en place collective. Il ne faudrait alors plus parler de management
participatif, mais de « participation sans management »…
LR