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Elle est bien loin l’époque où l’appellation « portable »,
ne désignait que le téléphone, quand on voit qu’aujourd’hui tout est devenu
mobile : ordinateurs, blackberries, iphone, on ne se déplace plus désormais sans
l’ensemble de ses fichiers de travail compressés, et la connexion ouverte à tous
et à tout moment pour communiquer. Les NTIC ont révolutionné l’organisation du
travail en permettant de travailler partout et à tout moment. La mobilité et
l’ubiquité du travailleur grâce à ces outils sonne-t-elle pour autant le glas
des bureaux physiques, et ouvre-t-elle la voie au nomadisme ou au télétravail ?
La porte est ouverte…
Le travail connecté, parce qu’il permet au travailleur
d’être relié à l’entreprise sans s’y trouver physiquement, semble justifier
pleinement le télétravail. Pourquoi aller au bureau, quand on a un ordinateur et
une connexion Internet chez soi, qui nous permettrait d’effectuer le même
travail en toute tranquillité ? Les dépenses liées au transport et à
l’immobilier apparaissent alors parfois bien absurdes. Le problème, selon
Jean-Philippe Lainé, directeur de l’environnement de travail tertiaire et des
implantations chez Renault, c’est que les employés ne savent pas que « la porte
est ouverte ». Le bureau est encore vécu comme une cage, un passage obligé qui
valide le travail effectué, quand bien même nombres de cadres ne pointent ni de
comptent leurs heures… Dans les mentalités, celui qui n’est pas à son bureau
reste encore soupçonné de ne pas travailler, alors que beaucoup pourtant avouent
se mettre à l’ouvrage bien plus efficacement dans le train, ou le dimanche matin
à la maison ! Deux heures prises en dehors du site sont souvent plus rentables
qu’une journée au bureau, où l’on risque d’être sollicité de toute part, où
perturbé par la pression du cadre de travail. Mais l’attachement au poste de
travail physique est aussi lié à la pratique managériale : le chef d’entreprise
aime à voir ses salariés au bureau, et n’encourage pas les sorties, qui sont
moins contrôlables. Pourtant, sur un site, aucun travailleur n’est toute la
journée à son poste. Qu’il soit en réunion, au restaurant, ou dans le bureau
d’un autre collaborateur, le travailleur du secteur tertiaire est sans cesse
mené à se déplacer. Le nomadisme « au poste », est le corrélat d’un nomadisme
« au site », lors duquel le salarié travaille bien dans l’entreprise, mais
laisse son bureau vacant. A cela s’ajoute le nomadisme structurel, celui qui
conduit des employés d’une entreprise à sortir des locaux d’activité pour aller
chez un client, en mission chez un partenaire ou en formation, parfois sur des
périodes de plusieurs mois. L’occupation des bureaux d’entreprise alors est loin
d’être optimale !

…mais l’on ne part pas !
Ce constat de la mobilité des travailleurs à l’égard de
leur poste de travail, et ce, quelque soit le métier, ne fera pourtant dire à
personne, ou presque, qu’il est un travailleur nomade ! L’image rassurante du
bureau traditionnel attaché à la fonction est fortement ancrée dans les
habitudes. Territoire d’appropriation, rien n’est fait pour qu’on le quitte,
voire pire, qu’on le laisse à disposition des collaborateurs lorsqu’on s’absente
momentanément. « Personne ne se dit nomade parce que tout le monde a peur qu’on
lui prenne son bureau » remarque J-P Lainé. Alors que la mobilité du travailleur
pourrait aller dans le sens d’une politique de réduction des coûts, à l’instar
de la réduction des surfaces entreprise par Renault pour optimiser l’occupation,
le travail en site est pourtant majoritairement encouragé. Il faut savoir que
tout n’est pas si simple. Si le travail en réseau semble se prêter au
télétravail, il reste que certains outils exigent au contraire une présence
physique dans les locaux d’activité : c’est le cas des salles de
visio-conférence, qui se substituent justement aux déplacements des
travailleurs. Pour J-P Lainé, il est impossible de trouver une solution
individuelle, mais on peut réfléchir au niveau des groupes. Sa solution ? Le
« foisonnement », c’est-à-dire le partage des espaces, qui demande une véritable
transformation des modes collectifs de travail. La connexion en a-synchrone et
la messagerie instantanée à déjà remplacé le mail, et la communication peut
alors devenir action, c’est-à-dire parole performative. Le travailleur ne doit
plus se sentir à distance de son entreprise quand il peut véritablement agir
d’où qu’il soit, et même interagir en relation avec ses collaborateurs. En
cherchant à absorber au maximum l’espace vacant, Renault peut aussi mutualiser
les services : salles de réunions, cafétérias, imprimantes, etc, sont rendues
visibles et à disposition de tous.
Toutefois, si la contrainte spatiale est levée, les
conséquences ne se font encore qu’à peine sentir. Les résistances à la mobilité
et au partage des espaces sont encore fortement ancrées dans la tradition
possessive des employés, qui aiment à être propriétaires d’un espace, sur lequel
ils construisent non seulement un cadre de travail, mais encore une identité.
Suzanne Duchiron.